mardi 24 juillet 2012
Réaction à l'appel à l'unité et la mobilisation lancé par le pouvoir pour résister à l'agression rwandaise
Ces derniers temps nous n'attendons et ne lisons que ce discours
de la part de la mouvance kabiliste:
Mobilisons-nous
et regardons tous dans la même direction, pour bouter hors de nos frontières,
l’agresseur Rwanda/Kagame, et pour sauver le Congo de la balkanisation.
Nous nous efforcerons, à travers les lignes qui suivent, à
réserver notre réponse à cet appel. Autant vous le dire tout de suite, notre
réponse sera celles des congolais, à d’autres congolais. Vous savez comment ça
se passe chez-nous : bien que le pain soit toujours et de plus en plus
aussi court, le cortège présidentiel, le discours politique et le journal télévisé sont toujours très
longs. Aussi nous nous excuserons de la longueur de la réponse. Mais pour qu’elle soit moins
ennuyeuse, nous avons pris la liberté de la présenter sous un ton simple et
détendu.
Tout au long de la réponse, nous utiliserons le pronom « nous », non par politesse, mais
parce que nous exprimons ici, même si nous ne siégeons pas au palais de
Lingwala, le point de vue de plusieurs de nos compatriotes, avec qui nous avons
longuement échangé sur le sujet au point d’aboutir à des convergences
essentielles.
Cet appel est beau, il est louable, et nous l’applaudissons de
deux mains. Et nous disons que nous sommes toujours prêts pour apporter notre
pierre à toute entreprise vouée à la défense du Congo. Et même si nous
voudrions qu'il soit, au préalable, apporté, à cet appel, un peu plus
d'éclairage, nous disons, dores et déjà, et sans ambages, que nous sommes
d'accord pour mettre au frigo nos divergences politiques, de nous mobiliser et
de regarder tous dans la même direction.
Mais nos amis de la majorité qui ont des entrées sûres dans les
palais du pouvoir de Kinshasa, feraient œuvre utile, pour éclairer notre
ralliement à cet appel, de nous affranchir sur les deux points importants
ci-après :
1. Autour
de quelle démarche devrions-nous nous mettre d'accord pour renvoyer l'agresseur
chez-lui?
2. A
quel horizon temporel devrions-nous regarder pour l’atteinte de cet
objectif ?
Alors même que nous restons convaincues que toutes les
institutions actuelles sont illégitimes,
alors même que nous ne démordons pas d'un iota de notre conviction selon
laquelle la présence au pouvoir de Monsieur Kabila est usurpée et sa gestion
des affaires de l'Etat questionnable, vous
aurez remarqué, et certainement apprécié, notre dépassement de ne pas commencer
par demander autour de quelles institutions cette mobilisation et
cette unité devraient se faire.
Car vous et nous, nous nous connaissons à la perfection. Vous
nous auriez, avec indignation, réelle ou
feinte, tout de suite et sans coup férir, traiter de doux rêveurs inflexibles
et insensibles à la calamité qui sévit au Congo. Nous nous serions défendus
comme nous savons si bien le faire. Nous vous aurions parlé de la traitrise au
sommet de l’Etat, de la complicité et de l’intelligence avec l’ennemi et de
tant d’autres choses. Il se serait engagé un débat interminable comme nous
seuls congolais savons en tenir. Et pendant ce temps, le pays continuerait de
foutre le camp.
Nous nous sommes, contre mauvaise fortune, bon cœur, fait une
raison : Monsieur Kabila a le total impérium et le cordon de la bourse.
Alors, que pour une fois, il s'en serve pour quelque chose. Nous avons
donc opté de laisser au « Raïs », le bénéfice du doute.
Attaquons de ce pas la première préoccupation touchant à la
démarche, en vous priant toutefois, de nous permettre d’en motiver la
pertinence.
Nous sommes très ravis que
pour une fois, nous soyons, tous les congolais, d'accord sur :
a.
L'identité de l'agresseur.
C'est KAGAME et le RWANDA! Utilisés par une partie de la prétendue
communauté internationale. Bon, ici (sur l’implication de la communauté
internationale) on peut diverger. Mais on reste confiants quant à l’atteinte
imminente d'unanimité sur la compréhension de la question. Qu’on en arrive tous
à saisir que le CNDP/M23 n’est qu’un paravent de Kagame, c’est déjà un bon bout
de chemin intéressant fait ensemble. Comme ça au moins, personne ne viendra
nous faire avaler que ce sont des fils du pays avec qui il faut négocier pour
trouver des solutions à un conflit qui serait congolo-congolais. Et surtout
Limete ne tombera pas dans le piège tendu de la défense de la vérité des urnes,
quand on sait qu’ils ont battu campagne pour et voter Kabila.
b. le
but de l’agression
C'est l'annexion du Kivu (Nord et Sud) et la balkanisation du
Congo. Ici, aussi, cette perception partagée est cardinale, tant elle barre la
route à cette auto flagellation à laquelle nous sommes acculés, depuis près de
deux décennies, de croire que tous ces soulèvements tutsis à l’Est seraient dus
à la nécessité de se défendre ressentie par une ‘‘minorité’’ face à une
certaine menace d’extinction.
Nous bénissons le Seigneur pour cette identité de vues qui
commence à prendre corps, sans que pour cela, nous ayons eu besoin de chanter
les louanges de quelqu'un ou d'en vouer aux gémonies un autre.
Et si nous gardons tous la même lucidité, nous arriverions
certainement à nous poser, tous, une question essentielle : l’agresseur
Rwanda/Kagame n’étant pas à sa première aventure guerrière au Congo, son but
poursuivi, dont nous partageons la compréhension, a-t-il changé au fil d’expéditions,
ou a-t-il toujours été le même dès le début? Beaucoup plus clairement, nous
nous demanderions si Kagame, le même, venait en 1996, avec l’AFDL, et en 1998,
avec le RCD, en ami pour libérer le Congo; et que l’idée d’agresser notre pays pour
le balkaniser, ne l’aurait effleuré que sur le tard, quand il revient avec le
CNDP/M23?
Bien que la réponse à cette question soit tout aussi centrale,
nous n’en faisons pas, non plus, à ce stade, une condition sine qua none de
notre ralliement à la l’unité proposée. Car nous sommes conscients de l’effort
de remise en question existentielle qu’elle imposerait aux partisans du pouvoir
AFDL-RCD-PPRD-CNDP, et de la tabula rasa nécessaire à la relecture/réécriture
de notre récente histoire politique, à laquelle elle pourrait aboutir. Mais une
fois encore, nous faisons confiance à l’évolution de notre conscience
collective pour opérer ce dévoilement du regard historique et citoyen avant qu’il ne soit trop tard.
Nous
sommes flattés par l’appel à la mobilisation nationale, car à travers cet appel,
nous lisons également la victoire du dépassement sur la suffisance et le
triomphalisme qui nous ont été offerts jusqu’ici par la majorité dirigeante et
ses partisans. Nous osons aussi postuler que cet appel à la mobilisation
générale procède d’un respect sincère à l’égard de tous ceux à qui il est adressé,
les considérant comme des êtres conscients, dotés de réflexion et de capacité
d’interprétation, et non comme une masse anonyme dans laquelle, tous devraient
se confondre pour répéter les discours et applaudir les actions et initiatives
du gouvernement, quels qu’ils soient.
Nous
lisons les journaux, nous écoutons la radio et la télévision sur l’agression et
sur les actions menées par le gouvernement pour y faire face. Et la plus
notable de ces actions est certainement la signature de l’accord, entre le
pouvoir congolais et l’agresseur Rwanda/Kagame, pour le déploiement de la force
africaine à l’Est de notre pays, sur le théâtre où se déroule actuellement la
boucherie de notre population par Kagame. Et cet accord est signé pendant que
l’ONU, pour une fois, Dieu merci, sort de sa duplicité et publie un rapport où
elle affirme, sans détours, que Kagame est bel et bien au Congo où il travaille
à la balkanisation du pays. Cet accord intervient après que même le
gouvernement américain, connu pour ses faiblesses envers Kagame, a dépêché, là,
encore pour la première fois, un envoyé spécial dire ouvertement à Kigali de se
retirer du Congo et de cesser tout soutien aux « rebelles ».
Peut-être
que notre cher Tshibanda a eu raison de signer, en notre nom à tous, cet
accord. Et même si nous ne sommes pas si enclins à la répétition et aux
applaudissements des « grands », nous vous assurons que si vous nous
aidez à comprendre en quoi cet accord met fin à l’agression de Kagame et jugule
la mise en place de la balkanisation, nous
répéterons à tue-tête le texte de l’accord et applaudirons de deux mains sa
signature. Eh oui, vous auriez compris. Nous pouvons répéter et applaudir, mais
seulement, après interprétation.
Bon,
c’est vrai, on ne sait pas trop ce qu’en pensent les Belges et les Français. Soyons
bons princes et, de leur silence, ne leur tenons pas trop rigueur, les pauvres.
Ils sont déjà si occupés à trouver les prétextes à servir à leur opinion
publique, pour venir au sommet de la francophonie, dans une capitale par eux
boudée lors de l’investiture du président, hôte dudit sommet.
Mais,
heureusement, vous et nous, l’ONU, les américains, les britanniques et les
sud-africains (ça fait quand même beaucoup, non?), nous sommes aujourd’hui
d’accord que le Rwanda occupe nos terres. Pour une fois, nous partageons
« la majorité » et avec vous, et avec les puissants de ce monde par rapport
à la reconnaissance de la présence rwandaise chez-nous et de la raison de cette
présence.
Donc,
l’agresseur étranger occupe nos terres, et nous (admirez l’effort de nous
identifier à ce gouvernement et à son action que nous décrions) nous demandons
à l’Union africaine de venir, et de s’interposer entre nous et l’agresseur. Mende
Omalanga, l’homme au verbe facile, dit et redit, à longueur de journées, que le
Rwanda nous a agressés. Tshibanda, ayant constaté le silence de la francophonie,
s’en va le répéter à Paris, afin que nul n’en prétexte l’ignorance. Mais nous
nous engageons quand même à faire interposer la force africaine, chez-nous,
entre nous et l’agresseur! Le monde sait que Kagame est chez-nous. Le monde a
entendu Mende et Tshibanda. Le monde nous regarde et n’y comprend rien, surtout
quand il sait que l’initiative de l’accord n’est pas congolaise.
Ainsi
il y aura nous, d’un côté, une zone neutre au milieu, et l’agresseur de l’autre
côté, sur nos terres. Et nous, après nous en avoir remis à la l’ONU (MONUC/MONUSCO)
pour savoir et faire, à notre place, ce qui est bon pour garder le Congo
indivisible, sans résultats probants, nous nous remettrions cette fois-ci à
l’Union Africaine, pour veiller à ce que de l’autre côté, où nous ne serons
pas, Kagame ne continue pas le
dépeuplement de notre pays, par le déplacement forcé et la tuerie de nos
populations, et qu’il ne les remplace par des masse des « réfugiés
congolais rwandophones », pour atteindre l’étape du référendum sur l’autodétermination
du Grand-Kivu!!!
Nous
pouvons vous accorder tout le temps pour lire autant de pages et écouter autant
de discours, si vous nous faites l’honneur de nous expliquer le bien-fondé de
l’accord d’ADDIS. Vous n’y arriverez pas, parce que vous ne le ferez même pas.
Et vous ne le ferez pas, premièrement, parce que comme nous, vous aimez
suffisamment le Congo pour le vouer complètement à l’UA, et attendre de cette
dernière ce que l’UE et l’ONU n’ont pu donner au pays de Kimbangu. Le temps que
les africains se mettent d’accord sur qui va donner quoi et combien, en hommes
de troupes, en argent et en équipement, le pays aura deux fois foutu le camp!
Et
vous ne le ferez pas ensuite parce que comme nous, vous voyez très bien
l’irrationalité de la démarche. On ne peut pas soutenir que le Rwanda agresse
le Congo, que le M23 n’est qu’un paravent, et en même temps souscrire au
déploiement d’une force d’interposition entre l’agresseur et nous. En signant
ce papier, Tshibanda a fait remporter à Kagame une victoire décisive :
celle de faire passer le mouvement du M23 comme une affaire congolo-congolaise,
à laquelle, lui, Kagame, va contribuer à apporter la solution.
Ce
n’est pas que nous soyons pessimistes. Nous sommes tout juste ce que tout
peuple doté de conscience serait devant telle démarche : SCEPTIQUES. Nous
ne croyons pas à l’UA. Elle n’a jusqu’ici réglé aucun problème. Elle s’est
défilée en Lybie, elle a rasé le mur en Côte-d’Ivoire, elle multiplie les
menaces, sans plus, au Mali. Et subitement, elle retrouverait toute sa
« verdeur » pour venir nous sauver?! Pardon, nous croyons aux
miracles, mais nous ne sommes pas crédules à ce point.
Par
contre, nous croyons en vous, nous croyons en nous, nous croyons au Congo.
Quand les autres, plus grands, plus forts, plus équipés, n’ont pu rien faire
pour nous ; nous, déterminés, plus mobilisés, plus unis, nous avons pu
faire quelque chose. Nous l’avons fait en 1994 avec MAHELE et nos gars qui ont
chassé Kagame et sa bande hors des limites …du Rwanda! Si vous trouvez que
c’était trop loin, laissez-nous vous rappeler qu’en 2004, devant la MONUC
impressionnée, Nkundabatware, Mutebusi, Ntangada et compagnie, armés par
Kagame, ont été battus à plate-coupure par Mbudja Mabe et nos FARDC, et
repoussés … au Rwanda.
C’est
quoi alors cette histoire d’un Rwanda qui serait subitement devenu une foutre
de guerre que nous ne saurions vaincre militairement?
Et
pourtant à l’époque ce n’était pas aussi simple. C’était sous le 1+4 où le
consensus était difficile à dégager pour mener une action de cette envergure.
Nous avions un budget de moins d’un milliard de dollars. Nous n’avions pas de
chars, ni d’hélicoptères. La voix d’un Rwandais portait plus que celle de dix
congolais dans les instances internationales.
Aujourd’hui,
permettez-nous, toujours dans cet effort de dépassement, et pour vous rassurer
une dernière fois de notre bonne foi, de répéter, pour une fois, ce que le pouvoir et vous-mêmes nous dites à
longueur des journées : Kabila a seul la totalité de l’impérium, il a la
majorité absolue au parlement, le budget a été multiplié par dix, nous avons
des chars et des hélicoptères en nombre,
nous avons plus d’officiers et d’hommes des troupes qu’à l’époque,
Kabila a lancé la diplomatie agressive, agissante, et de développement.
Alors
pourquoi n’arrivons-nous pas à faire faire, à nos enfants, aujourd’hui, dans
des circonstances plus heureuses, le boulot qu’ils ont fait hier dans un
environnement beaucoup plus difficile? En allant à Minova et Bukavu en 2004,
les gars à Mbudja Mabe n’ont pas opéré des représailles sur les tutsis.
Pourquoi se comporteraient-ils autrement
aujourd’hui?
Que
sont donc allés chercher Kabila et Tshibanda dans cette galère africaine
d’ADDIS? Alors que Kagame était coincé de toutes parts, pourquoi lui ont-ils
offert une issue aussi généreuse? Pourquoi ont-ils choisi de faire
compliqué – transformer le pyromane en sapeur-pompier, alors qu’il
auraient fait plus simple en le boutant hors de notre territoire auquel il met
le feu!
Tombés
dans une passion aigüe du Congo à notre naissance, nous croyons en vous, nous
croyons en nous, et nous croyons au Congo. Nous croyons aux FARDC et sommes assurés
que si Monsieur Kabila leur donne les moyens et le commandement qu’il faut,
Kagame et Sultani fuiront d’eux-mêmes avant que nos gars ne débarquent sur
GOMA.
Si
vous arrivez à convaincre votre/notre gouvernement de :
a.
-renoncer à
l’accord d’ADDIS
b. -donner à l’armée
les moyens et le commandement nécessaires
c. -fixer un timing
(pas plus d’un mois) audacieux pour faire rentrer Kagame au Rwanda,
Vous
pouvez être sûrs que vous n’aurez même pas besoin de nous demander de faire
bloc avec vous contre l’agresseur. Nous rallierons toutes nos forces aux vôtres
et à celles de votre/notre gouvernement pour arrêter la folie des grandeurs de
l’homme « fort » de Kigali. Vous verrez les églises, les écoles, les
universités, les ongs, les jeunes, les hommes et les femmes, se mobiliser
spontanément à travers tout le pays.
C’est
ce que nous avons fait en 2004, même si, pour nous, à l’époque, 1+4 égalait
zéro. Nous n’en sommes pas, depuis lors, arrivés à aimer moins le Congo pour
qu’il en soit autrement aujourd’hui.
Agir
autrement et demander au peuple de se mobiliser pour soutenir une démarche
irrationnelle est de l’irresponsabilité, et même plus, de l’intelligence avec
l’ennemi. Donc de la trahison.
Ouvertement,
sincèrement, haut, et fort,
Nous
avons dit.
Anthony
Katombe
Pasteur,
analyste politique.
Anthony Micah Kabongo Katombe
Tel. +243 89 89 21 880
E-mail. tonykatombe@saintly.com
Website. http://congomania.afrikblog.com
mercredi 13 juin 2012
Malgré les graves accusations portées contre lui : Kigali étale son arrogance
Infiltration des hommes armés rwandais dans les FARDC. Commandement parallèle des troupes au front dans l’Est de la RDC. Mutineries cousues de toutes pièces. Transplantation des populations rwandophones sous le couvert d’un retour des réfugiés tutsi. Viols, massacres, pillages et déplacements forcés des populations locales constituent assez de preuves irréfutables d’une occupation larvée du Kivu. Les révélations du gouvernement, précédées par celles contenues dans le rapport de la Monusco, ne font plus mystère sur cet état de choses.
Voilà que, encore une fois, Kigali nie tout en bloc. Comme en son temps, lorsqu’on l’accusait d’avoir, avec Kampala, agressé la RDC. Une stratégie défensive qui ne peut plus porter aujourd’hui, malgré les élucubrations de sa ministre des Affaires étrangères qui tente de se disculper en déclarant dans les médias internationaux que Kinshasa ne serait pas capable de régler ses problèmes internes et s’y déroberait en prenant Kigali pour bouc-émissaire. Ce n’est pas moins du mépris vis-à-vis d’un partenaire (ou prétendu tel) lorsque Mme Mishikiwabo déclare que la mutinerie du M23 est une affaire interne à la RDC et dans laquelle son pays n’a rien à voir. Alors que Kinshasa détient des preuves sur les aveux des mutins du M23 venus fraîchement du Rwanda.
De mal en pis, le chef de la diplomatie rwandaise affiche l’attitude d’un conquistador. D’abord, elle qualifie d’irresponsables les conclusions des rapports des Nations Unies et de Human Rights Watch (HRW). Ensuite, elle annonce, pince sans rire, que «La présence des FDLR pose un grave problème. C'est un poison idéologique et une force utilisée par ceux qui ne veulent pas de la stabilité. La solution ne peut pas venir d'une tierce partie : le Rwanda va résoudre cette question avec le Congo». Enfin, elle attribue à son pays le beau rôle : «Notre relation est ancienne ; nous avons tout fait pour préserver la stabilité de cette région et cela ne changera. Nous sommes toujours prêts à contribuer à régler le problème si le Congo le demande».
Mme Mishikiwabo, dans son envolée oratoire face à notre consœur Jeune Afrique, ne s’est pas rendu compte de contradictions qui lui sortaient de la bouche. Elle oublie les opérations militaires conjointes qui n’ont jamais résolu la question FDLR, encore moins aujourd’hui le cas CNDP/M23. Bosco Ntaganda et Sultani Makenga n’étant que les deux pièces d’une même monnaie.
Le but poursuivi par cette stratégie défensive, somme toute maladroite, est, on ne peut plus clair : semer le doute et créer la confusion. La démarche du régime de Kigali, encouragée et soutenue financièrement et matériellement par des forces occultes occidentales, vise la création d’un no man’s land où la prédation pourrait s’opérer en toute quiétude. Les fossoyeurs de la RDC ont une telle détermination qu’ils font peu de cas du nombre de victimes congolaises et déplacés internes. N’ont-ils pas tenté à plusieurs reprises d’étouffer la sortie des rapports des Nations unies accusant leur protégé ?
Le plan de balkanisation de la RDC, mis en marche par des officines anglo-saxonnes bien identifiées, suit un schéma dont la traçabilité ne donne lieu à aucun doute sur les intentions réelles de leurs auteurs. D’abord, l’affaiblissement de la RDC comme Etat.
UN SCHEMA PENSE ET ECRIT
La dictature mobutienne a conditionné le peuple congolais dans un carcan : la peur. La guerre de libération enclenchée en 1996 sous le fallacieux prétexte identitaire en a rajouté. Aussitôt, un sujet rwandais a occupé le poste ultrasensible de chef d’état-major de l’armée congolaise. Les armées et les services de renseignements rwandais, ougandais, tanzanien, burundais, érythréen,… ont traversé de part en part l’étendue de la RDC, à côté des kadogo initiés, à peine, au maniement de la kalachnikov. La résistance populaire a été appuyée par des armées angolaise, zimbabwéenne, namibienne, tchadienne, … Une fois de plus, des étrangers ont eu accès aux données sécuritaires du pays à moindres frais.
LE BRASSAGE ET MIXAGE
A partir du 2 aout 1998 sous les bannières RCD et MLC, une nouvelle fragilisation de l’Etat congolais a été enregistrée. Un semblant d’unification de l’armée nationale s’est opéré par une simple fusion des commandements de différentes rébellions. Les hommes des troupes, quant à eux, n’ont pas eu droit à une formation idéologique adéquate. Une formulée unique a été mise en pratique pour le mixage des éléments issus des troupes rebelles. L’efficacité ne pouvait pas être au rendez-vous au regard du déficit de corps imputable à une armée formée dans ces conditions.
Pour parachever l’œuvre destructrice amorcée dès le départ, Laurent Nkunda et une frange des militaires du RCD sont restés en marge du processus de brassage. Pour cause ? La protection de l’ethnie tutsi en «danger d’extermination par les génocidaires FDLR». En embuscade, le général Laurent Nkunda devrait entrer en danse le moment venu. En très peu de temps, il a créé son CNDP et est arrivé jusqu’à la porte de Goma. La forte pression exercée par la communauté internationale et l’opinion interne ne lui avait pas permis de progresser.
LE COMMANDEMENT PARALLELE
Ayant joué sa partition, Laurent Nkunda est extrait du devant de la scène et un séjour doré lui est offert en terre rwandaise. Un nouveau joker monte sur les planchers pour poursuivre l’œuvre non achevée. Il se nomme Bosco Ntaganda. Dans un jeu de chaise musicale dont le secret est détenu par Kigali, le wanted de la CPI prétend avoir évincé son mentor pour faire la paix avec Kinshasa.
Sous l’instigation de Kigali, Kinshasa conclut un arrangement qui l’empêche de déployer des éléments issus du CNDP en dehors du Nord-Kivu. Ces derniers occupent tous les postes de commandement dans l’Est du pays pendant une période assez longue.
Le raffermissement de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays est demeuré un mirage. Aussi, lorsque Bosco Ntaganda s’est senti en insécurité, les positions occupées par les chefs CNDP ont été abandonnées comme par enchantement.
POT-AUX-ROSES
Toutes les attaques perpétrées contre la RDC dans sa partie orientale poursuivent un but précis : la mise en place, étape par étape, de la balkanisation du pays. A côté s’opère l’implantation en douceur des populations tutsi rwandaises.
Finalement, ces terres querellées de manière cyclique deviendraient des «no man’s land». D’un côté, des autochtones constamment en fuite, de l’autre des populations implantées, vivant la peur au ventre d’être délogés du jour au lendemain. Enfin, ces terres congolaises riches en minerais rares seront abandonnées à la merci des prédateurs qui en feront usage sans témoins gênants. Sauf, le gendarme Kigali qui ne se cache pas d’étaler son arrogance se voulant incontournable dans les Grands Lacs.
Encadré.
M23: la ministre rwandaise des affaires étrangères nie l'implication de Kigali
Faut-il voir la main de Kigali derrière le Mouvement du 23 mars qui sévit en RDC ? Non, répond la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Une interview publiée le 3 juin dans J.A. n° 2682. Le Rwanda soutient-il les mutins du Mouvement du 23 mars (M23), repliés dans l'est de la RDC ? Onze déserteurs l'affirment. Selon leurs témoignages, recueillis par la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco) et repris dans la presse, ils avaient été recrutés et armés par Kigali pour rejoindre les rebelles proches de Bosco Ntaganda, ce général congolais né au Rwanda et poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI), que Kinshasa veut désormais arrêter. Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, réagit.
Jeune Afrique : Un rapport de l'ONU vous accuse de soutenir les mutins du M23. Ces informations sont-elles exactes ?
Louise Mushikiwabo : Je suis catégorique : le Rwanda n'a ni formé ni envoyé de combattants de l'autre côté de la frontière. Cette fuite montre la désinvolture dont fait preuve la Monusco. Nous avons connaissance de ces allégations depuis des semaines. Pourquoi les diffuser ? La première des choses aurait été de les vérifier : qui sont ces Rwandais ? De quel district viennent-ils ?
Ils disent avoir été recrutés entre février et avril dans le camp de Mudende, près de la frontière avec la RDC...
Mudende est une localité bien connue, où il y a un camp de réfugiés congolais. Cela ne constitue certainement pas une preuve. Il y a 56 000 réfugiés congolais sur notre territoire : ils ont de la famille de l'autre côté de la frontière, il y a des va-et-vient. Mais accuser un pays de soutenir une rébellion dans un autre pays, c'est totalement irresponsable, compte tenu de notre histoire récente. Ces fausses informations risquent d'avoir des conséquences très graves pour les villageois des collines du Masisi [majoritairement rwandophones, NDLR]. La Monusco coûte 1 milliard de dollars par an et dispose de 20 000 hommes. Elle est là depuis trop longtemps et n'a obtenu aucun résultat.
Vous ne jugez pas la Monusco efficace. L'armée congolaise ne semble pas l'être davantage. Sur qui comptez-vous pour combattre les FDLR en RDC (rébellion rwandaise fondée par d'ex-génocidaires hutus) ?
La présence des FDLR pose un grave problème. C'est un poison idéologique et une force utilisée par ceux qui ne veulent pas de la stabilité. La solution ne peut pas venir d'une tierce partie : le Rwanda va résoudre cette question avec le Congo. En revanche, la mutinerie du M23 est le fait de forces armées congolaises, sur le territoire congolais. Il y a des choses que nous ne pouvons pas faire. Ce n'est pas notre pays.
La RDC, justement, a pris une initiative pour tenter d'arrêter Bosco Ntaganda...
Regardons les choses en face. Bosco Ntaganda n'est pas recherché par le Congo, mais par la Cour pénale internationale. Et ce n'est pas parce que la CPI - sur laquelle nous émettons bien des réserves - veut arrêter un seul homme que tant de Congolais doivent souffrir. Pour le reste, contrairement à ce qui a pu être dit, Ntaganda n'a jamais franchi la frontière rwandaise.
Ce rapport risque-t-il de nuire à vos relations avec Kinshasa ?
Kinshasa était, comme nous, déjà au courant de ces allégations. Notre relation est ancienne. Nous avons tout fait pour préserver la stabilité de cette région, et cela ne changera pas. Nous sommes toujours prêts à contribuer à régler le problème si le Congo le demande. Nous continuons d'en discuter.
Par Le Potentiel
© CopyrightLe Potentiel 13/06/2012
© CopyrightLe Potentiel 13/06/2012
lundi 11 juin 2012
Guerre dans le Kivu : le Rwanda dos au mur !
Le ton adopté n’appelle pas à équivoque. Le gouvernement de la République démocratique du Congo ne succombe plus aux sirènes venant de mille collines. L’époque de la duperie étant révolue, les dirigeants congolais ont désormais conscience des responsabilités qu’une opinion publique plus exigeante leur impose sur tout ce qui touche à l’instabilité récurrente dans la partie orientale du pays.
Le modus operandi étant connu, la résolution de la crise dans l’Est passait par une identification sans équivoque de l’agent causal, le Rwanda. Lors de la conférence de presse tenue à Goma, à l’issue d’une mission gouvernementale conduite par le Premier ministre Matata Ponyo, la déclaration lue par Lambert Mende, ministre des Médias, sonne comme un oracle qui a ravivé le feu de la confiance qui doit s’établir entre les gouvernants et les gouvernés.
Passant à l’offensive, contrairement à ses habitudes, le porte-parole du gouvernement a révélé avec certitude que «200 à 300 mutins ont été recrutés au Rwanda pour être infiltrés en RDC. Ils ont subi une préparation militaire sommaire avant d’être déployés contre les forces armées de la RDC». Ce qui rejoint les révélations faites antérieurement par les services de l’ONU, et relayées par la suite par Human Rights Watch.
Pour nombre des Congolais, il ne s’agit là que d’une confirmation. C’est le nombre d’éléments recrutés par «une filière», à savoir entre 200 à 300, qui pousse à s’interroger sur le comportement du Rwanda.
Comment 200 à 300 personnes peuvent-elles être non seulement recrutées mais aussi entraînées sommairement à l’art de la guerre sur le territoire, non loin de la frontière, jusqu’à traverser pour se déployer sans être vues ni identifiées ? Répondre à cette interrogation serait déjà résoudre plus de 50% de l’énigme. Le gouvernement l’a compris. La langue de bois prend le devant. Lambert Mende ne s’en est derrière pas dérobé. «Des informations de sources variées mais concordantes, note-t-il, font état de soutien dont bénéficierait la bande à Ntaganda à partir du Rwanda et de l’existence d’une filière de recrutement de combattants pour Ntaganda dans ce pays voisin, membre, comme la RDC de l’Union Africaine (UA), de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL)».
Des révélations, le porte-parole du gouvernement les aligne sans broncher : «Aujourd’hui, sur base des conclusions des enquêtes de nos services, nous sommes en mesure d’affirmer ce qui suit : parmi les miliciens de la bande à Ntaganda et Makenga, se sont trouvés quelque 200 à 300 éléments recrutés sur le territoire du Rwanda par un réseau actif dans ce pays voisin; plusieurs combattants ainsi recrutés sont des ressortissants rwandais. Infiltrés en RDC, ils ont subi un entraînement sommaire avant d’être déployés au front contre les FARDC ; Il y a des mineurs d’âge et de très jeunes gens parmi ces combattants dont le Premier ministre et sa délégation ont pu voir un échantillon à Goma (…) ».
Mende justifie le temps pris par Kinshasa pour se prononcer par rapport à la situation qui prévaut dans l’Est. Il dit, à ce propos, que : « Le Gouvernement de la République, tenant compte de la gravité des faits, s’est donné le temps de les corroborer avec ses propres sources. Une enquête de nos services a été diligentée pendant qu’étaient mis en œuvre, parallèlement, les mécanismes conjoints institués il y a quelques années par la RDC et le Rwanda à l’effet de les vérifier ensemble sur le terrain. Ceux qui ont vu dans cette approche un signe de complaisance ont tort. Le gouvernement a à cœur de procéder avec professionnalisme et responsabilité pour une défense efficace et utile de nos intérêts nationaux».
TRAVAIL D’ARTISTE
De l’avis de Mende, le gouvernement a pris tout le temps pour réunir tous les éléments du puzzle. «Ces éléments d’information précis, détaillés, vérifiés et contre vérifiés viennent des sources propres du gouvernement. Ils soulèvent un problème sérieux à résoudre d’urgence dans la synergie entre Etats de la région des Grands Lacs dans leur lutte contre les forces négatives».
Il va de soi que la stratégie mise en place par le chef de l’Etat pour démontrer l’implication du voisin rwandais n’était pas comprise du coup. Le résultat auquel elle a abouti donne à penser qu’il s’est agi d’un travail d’artiste.
La communauté internationale dans sa commisération éternelle envers le Rwanda se trouve désormais placer devant ses responsabilités. L’hécatombe qui se vit au quotidien dans l’Est de la RDC constitue un «génocide oublié» par la volonté de la communauté internationale.
En fait, cette communauté internationale est témoin des atrocités qui se commettent à travers la Monusco déployée depuis plus d’une décennie en RDC. Pris la main dans le sac, nul ne pourra prétendre ne pas être au courant de ce qui continue de se tramer dans l’Est de la RDC. Le responsable de cette instabilité étant connu, plus d’excuses possibles. Le Rwanda a planifié, organisé, entraîné, armé, …, des troupes du M23 qui se battent contre les FARDC. Dans les rapports entre Etats, cela est inacceptable d’autant plus qu’il s’agit d’une ingérence flagrante dans les affaires internes d’un Etat. Le conseil de sécurité des Nations unies devrait se saisir de la question en urgence pour préserver la sécurité entre les deux Etats, en phase de rupture de bonnes relations de voisinage.
Plus explicite, Mende renchérit. «Il a été également constaté une augmentation de la puissance en armement du M23 dès son arrivée dans le triangle Runyoni-Chanzu et Mbuzi à la frontalière entre la RDC et le Rwanda. Pourtant, les mutins avaient abandonné dans leur fuite tout leur armement, soit 38 tonnes récupérées par les FARDC dans le Masisi». Cette preuve supplémentaire n’échappe pas aux Casques bleus de la Monusco qui accompagnent les FARDC dans le théâtre des opérations.
EXTIRPER LE MAL
A plusieurs reprises, la Communauté internationale a contraint la RDC à faire preuve de démocratie et de gouvernance dans la gestion des affaires publiques. Les élections de 2006, suivies cinq ans après de celles de 2011, s’inscrivaient dans ce schéma.
Aujourd’hui, la RDC- pays post-conflit - n’aspire qu’à une seule chose : sa reconstruction pour jouer véritablement son rôle au cœur de l’Afrique. C’est à cela que travaille le chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, au travers de la révolution de la modernité. Mais, les tensions récurrentes de l’Est passent pour un handicap dans la ferme détermination du chef de l’Etat de rétablir le rayonnement de la RDC. De tout temps, l’Est s’est révélé comme la partie névralgique de la RDC. Avec le temps, les masques sont tombés.
L’ONU a été la première à dénoncer le jeu macabre du Rwanda. Elle a vite été relayée par Human Rights Watch qui a formellement pointé du doigt la mainmise du Rwanda dans la guerre de l’Est. Que dire d’autre ? Sinon, appeler la communauté internationale à mesurer la gravité des faits mis à charge de Kigali. Au-delà de Kigali, il y a les vrais tireurs des ficelles terrés dans l’ombre à Washington, Londres, etc. Ce sont ceux-là qui arment Kigali pour déstabiliser la RDC, et ce faisant, l’empêcher de se consacrer au grand travail de la reconstruction tel que prôné par Joseph Kabila. Le message adressé à la communauté internationale et au Rwanda, en particulier, est sans équivoque. Plus question de s’enfermer dans ce carcan diplomatique, sous prétexte de protéger des relations de bon voisinage - vocabulaire qu’ignore allègrement Kigali. Il venait d’en donner la preuve en apportant tout son soutien au M23.
Kinshasa n’aspire qu’à une seule chose : son développement. Ce à quoi s’attèle aujourd’hui le gouvernement Matata, sous le leadership clairvoyant du président de la République.
Dans ses réponses, le 9 mai 2012 aux préoccupations des députés nationaux, le Premier ministre a été plus que formel. «Toute l’œuvre de la reconstruction nationale que le peuple congolais a contribué à rendre réalisable, sous le leadership du président de la République, chef de l’Etat, ne serait qu’un château de sable si elle ne reposait pas sur la sécurité publique et la paix à nos frontières, et sur l’étendue du territoire national. Et le Gouvernement ne peut donc en rester indifférent».
Raison de plus pour la communauté internationale à aider le gouvernement à concrétiser ce rêve en vue de bâtir au cœur de l’Afrique «un pays plus beau qu’avant». Kinshasa entend voir cette même communauté internationale une action pour l’accompagner dans le rétablissement de l’ordre dans la partie Est de la RDC.
Le mal ayant été nommé, il ne reste plus qu’à l’extirper pour éviter à ce qu’il soit un frein dans la stabilisation et le développement de la région des Grands Lacs. D’où, l’appel à une réelle implication de la communauté internationale, placée plus que jamais devant sa responsabilité pour mettre fin au drame récurrent de l’Est de la RDC.
Le Potentiel
© Copyrigh Le Potentiel 11/06/2012
© Copyrigh Le Potentiel 11/06/2012
dimanche 3 juin 2012
Réflexion de la Fondation PAIX SUR TERRE sur la guerre à l'EST de la RDC
FONDATION PAIX SUR TERRE/REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
61 bis, avenue Kinshasa, Commune de la Makiso,
Kisangani, Province Orientale, RD CONGO.
Téléphone:
00243 997910360
Editorial du
deuxième trimestre 2012
(En mémoire des victimes des affrontemments
armés entre le Rwanda et l'Ouganda à Kisangani, du 05 au 11 juin 2000)
Paix et
sécurité dans la Sous-Région des Grands Lacs :
Qui entretient
la guerre à l'Est de la République Démocratique du Congo?
La guerre ouverte à l'Est de la
République Démocratique du Congo, un Etat souverain, membre de l'Union
Africaine et de l'Organisation des Nations-Unies, depuis l'agression dite de
l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du CONGO, en sigle AFDL,
en 1997 persiste.
Les troupes régulières des armées
du Rwanda, de l'Ouganda et de Burundi avec l'appui d'autres armées des Etats de
la Sous-Région, tels l'Angola et la Tanzanie avaient alors envahi la République
Démocratique du Congo, sous la couverture d'une insurrection dont Laurent
Désiré Kabila fut désigné Porte-parole.
L'Alliance rompue entre les
anciens partenaires après l'accession de Laurent Désiré Kabila à la Présidence en
RDC, accusé par Paul Kagame d'avoir usurpé le pouvoir de l'AFDL du fait de la
volonté politique de ce dernier de s'affranchir des dicta de ses maîtres le Rwanda,
l'Ouganda et le Burundi, ces derniers ouvrent un nouveau front militaire en
aout 2008 avec notamment l'opération aéroportée de Kitona, en vue de chasser
Laurent Désiré Kabila du pouvoir.
Confronté à la résistance des
alliances du régime de Laurent Désiré Kabila et le Zimbambwe, l'Angola et la
Namibie principalement et au regain du patriotisme des Congolais, ce coup de
force organisé par le Rwanda connut un échec.
Depuis, le Rwanda et l'Ouganda mènent
sur le territoire de la RD CONGO une guerre d'usure aux conséquences
dramatiques à tous égards : plus de six millions de morts, plusieurs centaines
des milliards des dollars américains pillés, viols méthodiques et
systématiques, déplacements des populations, insécurité endémique, enrôlement
forcé des enfants dans les armées...
Le premier mécanisme utilisé
après l'échec de la prise de Kinshasa en septembre 1998 fut d'abord la création
d'un mouvement rebelle dénommé Rassemblement
Congolais pour la Démocratie, en sigle RCD. Sa politique et sa stratégie
sont dictées par l'Ouganda et le Rwanda qui lui fournissent toute la logistique
nécessaire et des troupes combattantes.
Les chefs d'Etat de ces deux pays
fournissent en effet au RCD, troupes, armes et munitions, logistiques,
commandement militaire et soutien diplomatique.
Au grand jour, des officiers
rwandais et ougandais, des hommes des troupes et des unités entières des armées
régulières de ces deux Etats opèrent sur le territoire de la République
Démocratique du Congo qu'ils occupent et colonisent.
Puis, des disputes de leadership
naissent entre les deux puissances d'occupation pourtant alliées. La ville de KISANGANI
sera le théâtre d'affrontements entre les troupes armées du Rwanda soutenant
une branche de la rébellion dite du RCD, l'Ouganda appuyant une autre aile du même
monstre désormais à plusieurs têtes.
En effet, ce mouvement armé avait
fini par connaître en même temps que les querelles de ses parrains des divisions
profondes en son sein et l'éclatement en plusieurs groupes plus ou moins
antagonistes.
Toutes les règles du Droit International
Humanitaire furent violées : attaques délibérées contre les civils,
bombardements des édifices protégés et usage d'armement interdit en agglomération
habitée.
Le bilan de ces crimes de geurre
est de plus de 2.000 civils tués en 5 jours des combats sauvages, plus de 5.000
ménages sans logis, plus de 10.000 blessés avec des séquelles des personnes
vivant désormais avec handicap, plus d'une dizaine de bâtiments spécialement
protégés par les Conventions de Genève, c'est-à-dire, écoles, lieux de culte et
hôpitaux détruits, plus de 30.000 personnes déplacées ...
Ces crimes de guerre sont demeurés
12 ans après leur commission impunis.
L'application partielle de
l'Accord dit de Lusaka et la tenue du Dialogue Inter congolais permirent de
restaurer l'unité physique du pays et de recréer un climat superficiel de
cessation des hostilités.
Les poulains rwandais du Rassemblement
Congolais pour la Démocratie n'eurent
pas les ressources idéologiques et sociologiques suffisantes pour réussir la
lutte de conquête et de conservation du pouvoir par des moyens démocratiques.
Les élections organisées en 2006 qui sanctionnent la fin de la transition
politique qui connut la formule dite de 1+4, à savoir 1 Président et 4 Vice-Présidents
signent la disparition politique de ce bras armé du Rwanda.
Or, les véritables raisons de la
guerre menée par les puissances d'agression en RDC demeurent sinon s'accentuent
: les appétits des opérateurs de la mort à l'Est du Congo en ressources
naturelles se font de plus en plus gloutons ; les affaires sont de plus en plus
juteuses avec la découverte d'innombrables nouvelles ressources notamment le
gaz méthane, d'importants gisements d'or et de pétrole et surtout de niobium ; le Rwanda et l'Ouganda, fiers des rapports de
forces en leur faveur dans la Sous-Région face à un Etat Congolais faible,
renforcent leurs visées hégémoniques.
Il fallait inventer un nouvel
outil au service des intérêts des puissances d'occupation. Le Congrès National
pour la Defense du Peuple, CNDP en sigle, vit le jour. La mission de ce
mouvement militaire se confond quasiment à celle de la première guerre
d'agression, à savoir la protection des droits de la "minorité tutsi"
pour le CNDP de l’aveu même de ses leaders et la réclamation de la nationalité
congolaise collective des "banyamulenge" pour les débuts de l'AFDL.
Aujourd'hui, après l'adhésion du
CNDP à la Majorité Présidentielle, il est devenu inconfortable que les mêmes
acteurs politiquement blanchis par une amnistie taillée à leur mesure
continuent les hostilités et les tueries. Il faut un autre bras armé dans
l'héritage et la succession directs de l'AFDL, du RCD et du CNDP. Il s'agit du
M23!
La conquête des terres à
l'intérieur de la RD Congo, le dépeuplement par les massacres des populations
autochtones et leurs déplacements forcés constituent la tactique retenue pour s'ouvrir
la voie au pillage des ressources. Le prétexte sécuritaire de Paul Kagame et
dans une certaine mesure de l'Ouganda est un chantage plutôt subtil : le droit
de poursuite des présumés génocidaires de 1994 au Rwanda.
Pourtant, l'accès aux ressources
naturelles de la RD Congo est sans nul doute la cause principale de la guerre
permanente dans l'Est du pays.
Aujourd'hui, cette guerre ne pose
plus simplement pour le peuple Congolais un problème de protection des droits
humains. Il s'agit désormais de la sauvegarde des droits de tout un peuple
menacé. Le peuple Congolais est en péril.
Le véritable dessous des cartes
de la guerre à l'Est du Congo ainsi que ses différents agenda cachés et les
principaux responsables demeurent les mêmes depuis 1996.
Cette guerre est délibérément
entretenue:
1. Les Etats de la Sous-Région
Des nombreux rapports fiables
établis à la suite d'enquêtes minutieuses sur terrain et alimentés par des
informations vérifiables et vérifiées obtenues des sources dignes de foi, confirment
la participation criminelle des Présidents Paul Kagamé du Rwanda et Yoweri
Museveni de l'Ouganda dans les conflits armés à l'Est du Congo.
Il est irréfutable que ces Chefs
d'Etat arment les mouvements armés. Ils forment les combattants de ces mouvements
et leur donnent en soutien des unités, hommes des troupes et officiers de leurs
propres armées régulières.
En effet, il se compte
encore aujourd'hui dans les rangs du
M23, des militaires rwandais. Il a été compté en 1997 des régiments entiers des
armées rwandaises, ougandaises, angolaises et burundaises dans les rangs de
l'AFDL.
La topologie de l'armée du RCD et
de celle du MLC n'a pas échappé à leur époque à cette même constante.Des
militaires étrangers rwandais pour le premier et ougandais pour le second y ont
joué le rôle de tout premier plan. Et l'Armée Congolaise de nos jours compte encore
en son sein des nombreux éléments de ce type.
Dans ce même registre, les
milices qui ont commis des nombreux crimes de guerre en Ituri dans la Province
Orientale ont toutes été armées et entretenues par l'Ouganda et le Rwanda.
Ainsi, quelque soit le scénario
sous lequel se déroule un épisode du phénomène de la guerre à l'Est de la RDC,
le Rwanda et l'Ouganda sont les Etats les plus actifs dans l'entretien de l'insécurité
en RDC.
2. Les groupes armés étrangers et les milices nationales
Le territoire de la RDC sert du
théâtre des opérations militaires à plusieurs groupes armés. A l'Ouest, la guérilla
du Flec active contre l'Angola est présente dans la Province du Bas-Congo. Au
Nord, la rébellion de l'Armée de Résistance du Seigneur qui combat le régime de
Kampala est active dans la Province Orientale. Les Mbororo constituent mutatis
mutandis une menace à la paix des populations dans cette même Province. Aux
Nord et au Sud Kivu, les Mai-Mai déjà présents dans la Province Orientale, figurent
parmi les milices les plus opérationnelles.
Au nombre des groupes armés
étrangers, les activités belliqueuses des troupes du Front Démocratique de
Libération du Rwanda sont à mentionner comme un des facteurs prépondérants de
la menace à la paix et à la sécurité durables dans la région.
Il existe des alliances de toute
nature aussi bien des différentes milices et des divers groupes armés entre eux
ou entre ces derniers et les gouvernements de la Sous-Région. Ces derniers
favorisent directement ou indirectement, à travers leur soutien sous diverses
formes, la continuation de l'état de guerre et la pérennisation de l'insécurité.
Il ne serait pas faux d'affirmer
que ces Gouvernements jouent en faveur des groupes armés opérant en RDC depuis
1998 le même rôle que le motif de la condamnation de l'ancien président
libérien Charles Taylor à 50 ans d'emprisonement pour crime de guerre du fait
de son soutien à la rébellion du RUF en Sierra Léone.
3. Les réseaux financiers multinationaux
Les ressources naturelles du
Congo aiguisent tous les appétits des milieux financiers internationaux.
L'impact du coltan, du diamant et de l'or congolais dans l'approvisionnement du
marché mondial est trop important pour laisser les opérateurs véreux du secteur
indifférents.
Ces réseaux ont préféré, eu égard
à l'état de non Etat qui prévaut au Congo/Kinshasa qu'ils ont évidemment
contribué à créer, l'exploitation illicite des ressources et leur commerce de
guerre.
Ce procédé leur permet de transgresser toute
la réglementation et de gagner le plus de bénéfice possible, sans avoir à
rendre compte ni sur le plan fiscal, ni sur le plan environnemental, ni sur tous
autres plans.
Des listes des multinationales
qui exploitent les ressources naturelles en RDC sont disponibles. Ces firmes et
leurs activités illicites sont connues. Elles oeuvrent en dehors de toute transparence.
Elles sont soutenues dans la plupart par les Gouvernements de Kinshasa, de Kigali
et de Kampala dans leur entreprise.
Certaines firmes bénéficient,
elles-aussi, de la protection des groupes armés.
Les firmes internationales réduisent
les populations congolaises en état d'esclavage par le travail forcé des
enfants et des adultes aux conditions déplorables. Elles agissent en
connaissance de cause, car leurs profits s'appuient sur des minerais de sang.
4. Le Gouvernement
Congolais
Le Gouvernement Congolais avait
certes pris une décision judicieuse, en signant l'Accord de Lusaka puis en
exécutant les résolutions du Dialogue Intercongolais. Seulement, le Gouvernement
Congolais avait mal négocié la question de la défense et de la sécurité
nationales.
En effet, le scénario de la
formation de la nouvelle Armée auquel avait adhéré le Gouvernement Congolais comportait
en lui-même les prémisses visibles d'une insécurité chronique et des guerres
persistantes prévisibles.
La guerre à l'Est du Congo est
favorisée par l'absence d'une Armée républicaine et citoyenne. La formule de la
simple juxtaposition des combattants des différentes composantes belligérantes
ayant participé aux négociations politiques a privé l'Etat du pouvoir d'un
recrutement utile des militaires et de l'opportunité d'un processus de
démobilisation ordonnée et encadrée, permettant le ramassage des armes et
l'accompagnement civique des ex-combattants ainsi démobilisés.
Les Forces Armées de la RDC
souffrent en plus d'un manque de formation et d'une déficience de logistique.
Par ailleurs, la densité des
troupes armées régulières au kilomètre carré est trop faible, faisant de la RDC
un des Etats les moins capables d'assurer la défense militaire de son
territoire de manière sérieuse et efficace.
En sus de ces facteurs, il se
remarque aisément que la politique étrangère du Gouvernement Congolais vis-à-vis
du Rwanda, principal Etat soutenant des groupes armés qui ont choisi la guerre
comme principal moyen d'expression, n'est ni ferme ni responsable.
Aussi, la corruption, la luxure
et le déficit de civisme des nombreux officiers des FARDC qui sont partie
prenante du commerce de guerre et de l'exploitation illicite des ressources
naturelles est un sérieux handicap pour la RD CONGO.
Le Gouvernement Congolais ne
montre pas des signes clairs d'une réelle volonté politique de former une armée
républicaine capable d'assurer la paix et la sécurité durables des personnes,
des biens et des investissements à l'intérieur des frontières nationales et de
contribuer au maintien de la paix et de la sécurité internationales dans la
Sous-Région.
Le régime de l'AFDL au pouvoir à
Kinshasa est la création du Rwanda et de l'Ouganda, principaux acteurs
entretenant la guerre à l'Est depuis 1996. Cette réalité place le Peuple
Congolais dans une position inconfortable.
5. La Communauté Internationale
Le mandat de la Mission des
Nations-Unies en RDC permet aux casques bleus de protéger la population civile et
partant de contribuer efficacement à la restauration d'une paix juste et
durable. Sous les termes de ce mandat, les Nations-Unies peuvent, si elles le
veulent sérieusement, mettre hors d'état de nuire tous les acteurs qui
entretiennent la guerre à l'Est de la RDC.
Au cas où le présent mandat de la
Mission des Nations-Unies était trop étroit, la décision d'un mandat aux
pouvoirs plus élargis aux fins de rétablir la paix durable en République
Démocratique du Congo n'est pas compliquée.
Dans sa pratique de l'année
dernière, la communauté internationale a démontré que même avec un mandat
limité de l'ONU ou même sans mandat précis, elle pouvait obtenir une
transformation de situation lorsqu'elle est effectivement déterminée.
Les cas de la Libye avec Kadhafi
et de la Côte-d'Ivoire avec Laurent Gbagbo en sont l'illustration.
De plus, une panoplie des mesures
juridiques, politiques, judiciaires et diplomatiques sont largement à la
disposition de la communauté internationale pour rétablir la paix durable à
l'Est du Congo.
A titre indicatif, le Droit
d'ingérence humanitaire seul suffirait à la communauté internationale pour
mettre fin au théâtre dramatique à l'Est qui perdure depuis 15 ans.
Puisqu'elle peut mais elle n'empêche,
la Communauté Internationale n'entretiendrait-elle pas, elle-aussi, le calvaire
du Peuple Congolais et l'exploitation à outrance de ses ressources naturelles ?
Car en fait qui peut et
n'empêche, pèche !
Avec notre devoir de mémoire pour
toutes les victimes de guerre en RDC et notre intention particulière pour
Floribert CHEBEYA.
Fait à Kisangani, le 1er
juin 2012.
Gilbert YANGAMBI
Administrateur
Tous dons peuvent être versés au
compte :
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BIC-RD CONGO
Fondation Paix Sur Terre
Compte: 2421 4275 001
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