samedi 2 février 2013
Vendredi, 01 Février 2013 16:08
Le chercheur américain Steve Hege a dirigé le groupe d’experts nommés par l’ONU pour enquêter sur l’implication de pays étrangers, nommément le Rwanda et l’Ouganda, dans la politique de soutien au M23, le mouvement militaire qui a pris Goma en novembre puis s’en est retiré moyennant l’ouverture de négociations actuellement en cours à Kampala.
Les trois rapports publiés par le groupe d’experts ont jeté une lumière crue suries soutiens extérieurs dont ont bénéficié les soldats rebelles. Ils ont aussi exposé les experts et en particulier le chef de leur groupe, à de vives critiques, tant à Kampala qu’à Kigali. Aujourd’hui que le groupe e terminé son travail et qu’une autre équipe va reprendre le flambeau, Steve Hege, avec l’approbation de ses collègues, à accepté de répondre aux questions du Soir.
Quelle est la qualification des experts membres du Groupe?
Le Groupe d’experts est composé de 6 membres, chacun nommé par le Secrétaire Général de l’ONU après une évaluation par le Secrétariat ainsi que les quinze pays membres du Conseil de sécurité. Les membres sont des enquêteurs et chercheurs indépendants avec une expérience technique dans les différents domaines spécifiques du mandat, c’est-à-dire les enquêtes sur l’approvisionnement en armes, le financement Des groupes armés, le commerce des ressources naturelles, les violations graves des droits de l’homme, et les problématiques transfrontalières.
Basée à l’est de la RDC pendant son mandat, l’équipe dispose d’une connaissance approfondie de la région des Grands lacs, notamment des dynamiques régionales concernant les groupes armés étrangers ainsi que nationaux.
Durant notre mandat de 2011-2012, nous avons bénéficié d’une plus grande expérience, étant donné que cinq des six membres faisaient déjà partie du Groupe précédent. Dans mon cas par exemple, c’était mon troisième mandat. Ceux qui contestent aujourd’hui l’objectivité et la crédibilité du Groupe en 2012 doivent garder à l’esprit qu’à une exception près, il s’agit de la même équipe que l’année précédente, où de telles critiques n’avaient jamais été exprimées.
Quelle fut votre méthodologie pour enquêter sur l’implication des pays voisins, dont le Rwanda, dans le soutien du M23 (visites sur le terrain, entretiens, témoignages de première main etc...)
Comme il est expliqué dans l’annexe 2 de notre rapport final, nous avons adopté une méthodologie très rigoureuse et approuvée par le Conseil de sécurité. Avant tout, nous avons privilégié les informations recueillies auprès des témoins directs des événements, qui sont le plus souvent des ex-combattants des groupes armés. Pour le cas du M23, nous avons notamment interrogé individuellement plus de cent anciens combattants du mouvement rebelle, dont 57 qui ont déclaré être des citoyens rwandais. Tous ont donné des témoigner les détaillés sur le soutien du Rwanda aux rebelles.
Nous avons corroboré ces informations avec un réseau de plus d’une centaine d’autres sources notamment des leaders locaux, de commerçants, de simples paysans, d’ex-officiers de l’armée rwandaise, ainsi que des anciens officiers du CNDP qui maintiennent de nombreux contacts avec leurs amis et membres de leurs familles qui ont adhéré au M23. Nous avons aussi suivi de très près des réunions entre les différents groupes armés et mobilisateurs qui ont eu lieu au Rwanda (annexe 41), enquêté sur les transferts d’argent (annexe 34), les relevés d’appels effectués par des individus liés aux groupes armés (annexe 59), des enregistrements de communications radio entre les rebelles et des officiers de l’armée rwandaise (annexe 26), des déclarations officielles des détenus comme Roger Lumbala (annexe 45), des communications par emails et messages sms (annexe 42), des documents d’identification de soldats décédés ai combat (annexe 18 & 37) ainsi que des images satellitaires montrant très clairement les pistes reliant les quartiers généraux du M23 à des bases militaires rwandaises, ce qui corroborait parfaitement les témoignages des ex-combattants (annexe 6). En plus, comme complément aux informations recueillies sur le ravitaillement en armes par le Rwanda, nous avons documenté l’utilisation quotidienne par le M23 d’armes et équipements traditionnellement utilisés par l’armée rwandaise - notamment certaines armes lourdes et munitions qui ne peuvent pas provenir d’un détournement des stocks officiels de l’armée congolaises, parce qu’elles n’y figurent pas (annexe 17) - ainsi que des tenues militaires rwandaises fabriquées à Kigali (annexe 15).
En plus, à travers nos descentes fréquentes sur le terrain dans des zones contrôlées par les groupes armés nous avons été témoins nous-mêmes d’une coopération étroite entre les rebelles et les forces spéciales de l’armée rwandaise et de livraisons d’équipement militaire en provenance de l’extérieur.
Nous avons également développé nos propres sources actives au sein du M23 qui ont eux-mêmes reconnu le soutien du Rwanda à leur mouvement. En dépit des menaces physiques proférées contre nous et contre nos collaborateurs, nous avons effectué sept visites au Rwanda, souvent dans des localités importantes dans le cadre du recrutement de civils pour le M23, afin de corroborer les détails fournis par les ex-combattants notamment pour l’hôtel Bushokoro à Kinigi, qui non seulement correspondait parfaitement aux descriptions qui nous avaient été données mais qui a aussi été encerclé par des soldats de l’armée rwandaise pour la protection de ce site tellement important pour le M23 (annexe 19).
Finalement, nous avons confirmé nos informations avec des services de renseignements comme ceux de l’Ouganda, du Burundi, de pays occidentaux (annexe 22) ainsi que du gouvernement congolais, même si ce dernier e officiellement refusé de collaborer avec nos enquêtes dans l’élaboration de l’addendum du rapport intérimaire.
Le gouvernement rwandais vous accuse d’être un sympathisant des FDLR et un négationniste du génocide avec un agenda anti-Rwanda, Quelle est votre réponse sur ce point?
Le gouvernement rwandais a d’abord tenté de répondre à notre addendum sur ces violations de l’embargo sur les armes pour que nous le modifions.
Ayant échoué, faute d’explications crédibles et convaincantes, le gouvernement a choisi de mener une campagne médiatique, diplomatique et juridique à notre encontre, pour discréditer les conclusions de nos enquêtes.
Nos détracteurs se sont principalement concentrés sur un document de discussion interne, où j’ai été cité comme le point de contact-ce document a été mis sur Internet par inadvertance-, et qui avait pour but d’analyser les réactions éventuelles des FDLR contre la population civile lors des opérations militaires prévues au début de 2009, ainsi que de réfléchir aux modalités de démobilisation et de rapatriement définitifs des membres de ce groupe dans le contexte politique et historique de l région, y compris les massacres documentés par le rapport « mapping » de l’ONU, qui sont très importants pour comprendre l’idéologie interne des FDLR. Il n’y a rien dans ce document qui nie en aucune façon le génocide rwandais. En revanche, il se réfère directement à l’implication des certains commandants des FDLR dans le génocide.
Cet exercice d’analyse prospective ne concernait d’ailleurs pas uniquement les FDLR, mais aussi d’autres groupes armés à l’Est de la RDC, y compris le CNDP à l’époque, mais cela non plus ne veut pas dire que je défends leurs perspectives.
Tout au début des attaques contre moi, j’ai personnellement demandé que ce document soit retiré d’Internet car, en tant que simple document de discussion interne, il n’avait pas vocation à être rendu public et les autres analyses sur les autres groupes armés n’ont d’ailleurs pas été publiées.
Le gouvernement rwandais est parfaitement au courant de mon objectivité en tant qu’enquêteur sur les groupes armés, notamment sur les FDLR. Lors des mandats précédents du Groupe d’experts auxquels j’ai participé en 2010 et 2011, nous avions d’ailleurs établi une bonne coopération avec les services de renseignements rwandais.
Ces derniers nous ont fourni de nombreux éléments d’information que nous avons par la suite tenté de confirmer avec d’autres sources indépendantes, surtout des ex-combattants des FDLR, Même si nos partenaires rwandais n’ont pas été tout-à-fait satisfaits de nos conclusions à propos de liens entre les FDLR et l’opposant Kayumba Nyamwasa en 2011, ils ont, à l’époque, respecté notre approche objective et impartiale qui s’appuie strictement sur les standards de preuve exigés par le Conseil de sécurité.
Par ailleurs, le Groupe d’experts, et moi-même en particulier, avons également coopéré avec les procureurs allemands dans les procès en cours contre l’ancien Président et vice-président des FDLR. En fait c’est dans une large mesure grâce aux efforts du Groupe d’experts pour exposer et documenter les réseaux d’appui externe aux FDLR que le mouvement rebelle se retrouve plus isolé et affaibli aujourd’hui que jamais, malgré ses efforts récents pour renaître dans le contexte actuel de la rébellion du M23.
De plus, avant de rejoindre le Groupe d’experts, en 2006 et 2007, j’ai travaillé comme officier de démobilisation de la MONUC, un poste pour lequel j’ai parcouru à pied à maintes reprises le fin fond des forêts des deux Kivu pour rencontrer des centaines de FDLR et tenter de les convaincre, avec un certain succès, de déposer les armes et de rentrer pacifiquement chez eux. Le gouvernement rwandais a pourtant utilisé ces accusations à mon égard comme un élément clé de sa défense et il a même payé certains officiers FDLR pour qu’ils donnent de faux témoignages, assurant que je leur aurais fourni des armes depuis quatre ans
Bien que le gouvernement rwandais ait régulièrement exigé ma démission, aucun des membres du Comité de sanctions du Conseil de sécurité ne m’a posé la moindre question à propos de ma soi-disant « partialité ».
Le Rwanda nie absolument toute implication et affirme que vous ne lui avez pas donné un droit de réponse, ni considéré les explications et critiques de vos enquêtes rendues publiques en Juillet. Que répondez vous à ces accusations?
En réalité, nous avons donné au gouvernement rwandais plusieurs opportunités de répondre aux résultats de nos enquêtes. Ils ont refusé une première fois de nous recevoir lors d’une visite officielle à Kigali au de mai, en disant que notre présence au Rwanda n’avait rien à voir avec l’embargo sur les armes, un argument assez faible étant donné que l’embargo est la raison d’être-même du Groupe d’experts. Ensuite, lorsque le Comité des sanctions nous a demandé expressément de retarder la soumission de notre addendum au rapport intérimaire sur les violations rwandaises de l’embargo, la ministre rwandaise des affaires étrangères
refusé de me donner la moindre réponse quand je lui ai exposé nos conclusions, Quelques heures après notre rencontre, la ministre a pourtant déclaré, lors d’une conférence de presse, que personne n’avait partagé avec le Rwanda les résultats de nos enquêtes.
En ce qui concerne le démenti officiel écrit par le gouvernement rwandais, c’est un document que nous avons bien étudié et auquel nous avons répondu exhaustivement dans l’annexe 3 de notre rapport final. Nous avons eu l’occasion, lors d’une deuxième visite officielle à Kigali au mois de juillet, d’écouter les remarques du gouvernement rwandais, mais il nous a semblé que nos interlocuteurs cherchaient plus que toute autre chose à nous interroger pour connaître nos sources - qui doivent pourtant rester confidentielles selon la méthodologie du Groupe d’Experts.
Pour l’essentiel, les officiels du gouvernement ont essayé de nous convaincre que nous avions été en fait les victimes d’un grand complot ourdi par le gouvernement congolais et plus particulièrement par ses services de renseignement. En réalité, au début de nos enquêtes, c’est-à-dire entre février et début juin, les autorités congolaises ont tenté de nous bloquer l’accès à des informations sensibles sur l’implication du Rwanda, car elles cherchaient alors à résoudre le problème discrètement avec kigali. Il n’est d’ailleurs pas non plus très logique que le gouvernement rwandais maintienne d’un côté que le Congo est un Etat en faillite, « un trou noir », et qu’il avancé par ailleurs l’argument que ce même gouvernement serait efficace au point de pouvoir fabriquer les faux témoignages de plus d’une centaine d’ex-combattants du M23, sans compter également les centaines de sources locales et témoins directs de l’implication du Rwanda, tous éparpillés entre l’Ituri, le Nord Kivu et le Sud Kivu. Après le mois de juin, nous avons effectivement observé plus de coopération de la part du gouvernement congolais, mais les informations de source congolaise n’ont jamais été la base de nos enquêtes.
Concernant certains détails de l’explication fournie par le gouvernement rwandais, notamment sur les questions d’armement du M23 lors de notre visite à Kigali en juillet, le gouvernement nous a présenté de vieux AK-47 détruits comme la preuve qu’ils n’avaient pas fourni d’armes aux rebelles, y compris des obus de 75 mm. Lorsque que j’ai exprimé mon manque de compréhension à ce propos, le chef des renseignements militaires a répondu que les obus de 75 mm en question avaient été détruits depuis un certain temps, mais qu’ils n’étaient pas visibles car ils se trouvaient par hasard « en-dessous » des AK-47. Un mois plus tard, nous avons appris que le Rwanda a sollicité un appui technique pour détruire des obus de 75 mm et de 120 mm, du même type que ceux que les rebelles ont utilisé pour attaquer Goma.
Même après la reconnaissance officielle par le gouvernement rwandais du fait qu’il pourrait en effet y avoir eu des recrues du M23 en provenance du Rwanda, le gouvernement n’a pas effectué la moindre enquête à ce sujet. Lorsqu’aucune de nos conclusions n’a pu être réfutée, ils sont passés aux attaques personnelles contre nous. Depuis août, ils ont tout simplement refusé de nous rencontrer et de coopérer à nos enquêtes. Pendant cette période, nous n’avons fait qu’observer une augmentation du soutien et de l’emprise directe du gouvernement rwandais sur le M23, culminant avec la prise de Goma en novembre.
Quand est-ce que cette guerre du M23 a commencé à être préparée ? Et quels ont été les premiers signes de l’implication du Rwanda?
Dans notre rapport final de 2011, nous avions souligné le fait que des commandants ex-CNDP se préparaient déjà à un retour à la guerre, car ils s’attendaient à ce que les élections présidentielles soient très contestées. Non seulement Bosco Ntaganda plaçait ses hommes à des postes stratégiques au Nord et au Sud Kivu et contribuait à la manipulation des élections dans le territoire de Masisi, mais Sultani Makenga, de son côté, avait déjà commencé à accumuler de très importantes quantités d’armes grâce à ses réseaux d’appui déjà établis au Rwanda et en Ouganda.
En janvier 2012, Makenga a échoué dans une première tentative de mutinerie à Bukavu, essayant de mobiliser les sympathisants de Vital Kamehre contre la proclamation des résultats des élections présidentielles. Tout en appuyant officiellement la campagne du Président Kabila, les autorités rwandaises avaient aussi contacté des membres de l’opposition à Kinshasa pour leur dire que Kabila s’apprêtait à tricher et le inciter à mobiliser leur base pour l’en empêcher.
Néanmoins, l’implication directe du Rwanda n’a jamais a été aussi évidente que lors que les forces gouvernementales ont mis en débandade les mutins de l’ex-CNDP fin avril. C’est à ce moment-là quand le Rwanda a envoyé des éléments de son armée pour faciliter l’arrivée de Makenga et de Ntaganda à Runyoni, à moins de 7 km de leur frontière, en vue d’y établir le M23 comme un plan B. A partir de ce moment, l’armée rwandaise a déployé es troupes d’une manière permanente aux côtés des rebelles congolais du M23 et renforcé chaque opération importante au Congo avec des unités entières en provenance des bases militaires de Ruhengeri et Kinigi au Rwanda.
Dans l’interview accordée au Soir par James Kabarebe, le Ministre rwandais de la Défense, y a-t-il des points que vous contestez?
Lors de notre entretien avec lui en juillet, le Général Kabarebe nous a raconté la même histoire détaillée sur les réunions auxquelles le Rwanda a participé dès le début de la mutinerie de l’ex-CNDP en avril, comme preuve de sa bonne volonté. Effectivement, le gouvernement rwandais a tenté de se positionner comme médiateur et pacificateur de la situation en appui au gouvernement congolais, mais, les faits accablants établis par ns enquêtes permettent de remettre en cause la stratégie du Rwanda. En se positionnant à la fois comme juge et partie, cela leur garantissait, quoi qu’il arrive, l’imposition d’une solution convenant à leurs intérêts à l’est de la RDC.
Kabarebe n’a fait que justifier toutes les revendications du M23 et sa raison d’être, en nous affirmant notamment que tous les groupes armés congolais, y compris les groupes Mai-Mai - lesquels sont d’ailleurs impliqués dans des violations du droit international humanitaire très graves- constituaient avec le M23 une seule et même résistance crédible face au gouvernement congolais. Nous avons trouvé ce’ discours assez surprenant de la part d’un ministre essayant par ailleurs de se distancer des accusations sur, son implication dans le soutien au M23.
Mais dans son interview publiée dans le journal Le Soir, Kabarebe a oublié de mentionner que les leaders congolais du M23 étaient eux-mêmes parmi les pires responsables des travers de l’armée congolaise. Le Groupe d’experts a documenté à maintes reprises les exactions de l’ex-CNDP, les mafias que le mouvement contrôlait au sein de l’armée nationale, notamment pour le trafic illicite des ressources naturelles, le détournement des soldes, les actes de pillage, les viols, l’imposition du travail forcé, ainsi que les assassinats directs de tous ceux qui s’opposaient à leur domination de l’armée, Il n’a également pas mentionné que les évènements déclencheurs de la mutinerie en avril étaient justement les séminaires tenus à Kinshasa sur la réforme de l’armée. Ntaganda, Makenga et Baudoin Ngaruye qui exerçaient déjà un contrôle quasi-total sur l’armée à l’est de la RDC, ont tout fait pour faire échouer les tentatives de réforme et maintenir l’impunité dans les rangs des FARDC.
Dans ses efforts pour décrire le M23 en termes positifs, comme étant un groupe rassembleur composé de toutes les ethnies à l’est de la RDC, Kabarebe a aussi oublié de mentionner le fait que de nombreux groupes ethniques ont refusé d’adhérer au M23, justement parce qu’ils voient très clair dans l’implication et le contrôle direct de ce mouvement par le Rwanda.
Ceci est notamment le cas de deux communautés rwandophones très importantes, celle des Banyamulenge, qui sont des Tutsis Congolais vivant Sud Kivu, et celle des Hutus des territoires de Masisi, de Rutshuru, et de Kalehe.
En plus, Kabarebe vous a dit que pour rejoindre le territoire rwandais depuis le quartier général du M23 à Runyoni, il fallait onze heures de marche car il n’y a pas de routes. Cela n’est absolument pas vrai, car il n’y a en réalité que sept kilomètres entre Runyoni et la frontière rwandaise via des pistes en forêt, dont nous avons des photos satellite (annexe 6). Celles-ci ont été établies par l’armée rwandaise en vue de ravitailler les rebelles, ce qui réduit e voyage à une heure et demie de marche maximum. Kabarebe vous a également affirmé que les ex-CNDP ont amené leurs armes et équipements du Masisi vers Runyoni, mais il est impossible de transporter des armes lourdes - comme celles que le M23 a commencé à utiliser une semaine après - à travers deux volcans sans piste, au coeur du parc national des Virunga.
Finalement, Kabarebe vous a aussi affirmé que « les grosses ambassades au Rwanda » n’avaient pas confirmé l’implication du Rwanda en RDC, mais cela est aussi faux. La réalité des relations internationales est telle que des pays ne prennent jamais des décisions comme la suspension de l’aide à un partenaire aussi important comme le Rwanda sans avoir leurs propres confirmations. Un rapport du Groupe d’experts ne sera jamais perçu par ces ambassades de la même façon que des rapports de leurs propres services diplomatiques et de renseignements. L’organigramme dans l’annexe 22 de notre rapport final qui situe Kabarebe comme commandant suprême du M23 n’est qu’un simple exemple illustratif des informations dont les pays occidentaux disposent eux-mêmes.
Dans votre rapport final, vous avez conclu que l’Ouganda est également Impliqué dans le soutien au M23. Quel est la différence entre leur appui aux rebelles et celui du Rwanda?
En fait, nous avons conclu que le gouvernement du Rwanda a créé, équipé, entraîné, et commandé le M23, mais que les rebelles bénéficiaient d’un soutien aussi très important de la part des réseaux composés d’individus au sein du gouvernement ougandais. L’un des faits les plus palpables, c’est la présence de troupes ougandaises venues renforcer les rebelles lors de la prise de Kiwanja et de Rutshuru fin juillet 2012. Cette présence a été confirmée par des dizaines d’ex-combattants, y compris deux Ougandais, des cartouches de l’armée ougandaise trouvées sur les champs de bataille (annexe 28), ainsi que par beaucoup de témoins directs dans, les localités où ils ont été déployés.
En outre, nous avons établi grâce à de nombreuses sources, y compris au sein du M23, que les rebelles ont bénéficié d’un appui direct d’officiers de l’armée ougandaise dans leur ravitaillement en armes, logistiques, et recrues. Quand il a fait défection de l’armée congolaise pour rejoindre le M23, Makenga a laissé dans sa résidence à Bukavu des boites vides d’armes lourdes qui appartenaient au Ministère de la défense ougandais (annexe 27). En établissant leur bureau politique à Kampala les rebelles ont bénéficié de conseils techniques de responsables ougandais sur leur stratégie militaire et politique. Au niveau régional, au sud-ouest de l’Ouganda, nous avons constaté une coopération très étroite entre des officiers de l’armée ougandaise et leurs homologues rwandais dans la coordination du soutien aux rebelles déployés au niveau des frontières des deux pays avec le Congo. En outre, des interceptions de communications radio du M23 ont confirmé l’implication d’officiers ougandais (annexe 26).
Même si ce soutien aux rebelles n’est pas le fait d’une politique officielle de l’Etat, nous avons constaté que le gouvernement avait eu une politique de « laissez-faire » vis-à-vis des activités du M23 en Ouganda, en leur laissant notamment un libre passage aux frontières, selon des agents des services de l’immigration ougandais. Nous avons été, nous-mêmes, les témoins directs de la réception d’une cargaison de bottes en plastique à destination des rebelles dans la localité de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda.
Plusieurs sources crédibles au sein du gouvernement ougandais ont confirmé ce soutien aux rebelles à partir de l’Ouganda. Même un haut officier de la police ougandaise, désigné par le gouvernement comme notre interlocuteur officiel pour les questions relatives au M23, nous a avoué qu’en effet, il y avait des individus au sein du gouvernement qui soutenaient les rebelles en leur fournissant des armes, des financements, et en facilitant leur recrutement, mais que le gouvernement allait enquêter et arrêter tous ceux qui étaient impliqués. Plus tard, officiellement, le gouvernement ougandais a changé de position en nous disant que cet officier n’était pas autorisé à parler au nom du gouvernement, et que les rebelles étaient seulement présents à Kampala à la demande du président congolais dans le cadre des initiatives régionales de paix. Cependant nous avons établi que certains officiers rebelles étaient déjà à Kampala en juillet, et collaboraient avec des officiers militaires ougandais avant même que Kabila en soit informé.
Quel est l’impact des rapports auprès du Comité des sanctions de l’ONU?
Le rôle principal du Groupe d’experts est d’informer le Comité de sanctions sur les violations de l’embargo sur les armes et du régime des sanctions le plus rapidement et fréquemment possible. Il n’a pas en tant que tel à se préoccuper des conséquences de ses rapports. Il nous est également demandé de soumettre une annexe confidentielle d’individus et entités que nous recommandons pour inclusion sur la liste des sanctions, qui consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager Il est de la prérogative des membres du Comité de sanctions d’examiner nos recommandations et de mettre à jour la liste officielle. Il n’est pas possible qu’un candidat proposé par le Groupe d’experts soit inclus sur cette liste sans que plusieurs pays membres du Comité de sanctions aient eux-mêmes vérifié et confirmé les conclusions du Groupe.
Le Comité a récemment désigné pour sanctions plusieurs hauts commandants et dirigeants du M23, ainsi que le mouvement entier -de même que les FDLR- et le Conseil de sécurité a réitéré son intention de sanctionner ceux qui apportent un appui externe aux groupes armés en RDC.
Certains diplomates estiment qu’il ne faut pas, dans le cadre de la recherche en cours d’une solution pacifique, accuser ni le Rwanda ni certains officiers ougandaises, mais ces questions ne sont pas de notre ressort. Le Groupe a un mandat très clair et nous n’avons fait que l’accomplir en identifiant les responsables des violations de l’embargo et apolitique.
Pour le groupe des experts, quelles seront les conséquences de l’accession du Rwanda au Conseil de sécurité ?
Le Rwanda est devenu membre du Conseil de sécurité cette année, mais le mandat du Groupe d’experts avait déjà été renouvelé à travers la résolution 2078 et une nouvelle équipe est en train de se mettre en place. Après déjà trois mandats d’un travail très intensif et ardu, je n’ai pas présenté ma candidature pour pouvoir passer plus de temps avec ma famille.
Le Groupe d’experts est un mécanisme ad hoc du Comité de sanctions du Conseil de sécurité qui doit, tout en conservant son indépendance dans ses enquêtes et ses conclusions, prendre en considération les avis de tous les pays membres du Comité de sanctions dans l’exercice de ses fonctions. En faisant partie du Conseil de sécurité, le Rwanda sera obligé de dialoguer et de coopérer avec le Groupe d’experts, ce qu’ils ont refusé de faire l’année passée à partir du mois d’août.
Néanmoins, les réticences du Rwanda à propos de l’utilisation de drones en RDC pour que les Nations Unies puissent prévenir et vérifier les violations de l’embargo sur les armes constitue déjà en soi un exemple des défis qui se présenteront dans le cadre de la nouvelle composition du Conseil de sécurité. En plus, étant donné que le Comité travaille sur la base du consensus, un pays membre pourrait bloquer des candidats proposés pour des sanctions, ainsi que des membres du Groupe d’experts pour des prochains mandats.
NDLR : L’article est tiré du quotidien Le Soir. Le titre est de la rédaction
samedi 26 janvier 2013
Libération : le 6 octobre 2012, par Maria Malagardis
Ce n'est pas une thèse géopolitique,
sociologique ou historique sur l'état du plus grand pays d'Afrique
subsaharienne, le Congo-Kinshasa, ancien Congo belge, aujourd'hui république
démocratique du Congo (RDC). Le livre de David Van Reybrouck est cependant un
peu tout cela, la magie en plus. Congo. Une histoire est un roman épique
racontant le destin inouï d'un pays qui a été exposé à la mondialisation dès le
XIXe siècle. Pays phare, pays miroir de la société mondiale au fil des siècles,
mieux, des millénaires. Et si la plume de David Van Reybrouck est bien celle
d'un romancier, ses héros sont de «vrais gens» que l'on suit au gré des
événements depuis… 90 000 ans ! On dévore cette œuvre littéraire, que l'on soit
ou non féru de cette partie du monde. Une lecture indispensable pour comprendre
ce qui se joue aujourd'hui au cœur de ce continent agité depuis le commencement
de l'humanité.
Pourquoi
vous êtes-vous intéressé au Congo ?
J'ai souvent pensé
qu'au Congo, on voit les deux extrêmes de l'humanité. Des gens très émouvants,
très courageux, qui font face à une cruauté, voire à des atrocités incroyables.
La forme que cette cruauté prend à l'est du pays est excessive, la violence
extrême. Mais l'idée de ce livre m'est venue parce que je souhaitais le lire et
qu'il n'existait pas. En 2003, avant mon premier voyage au Congo, j'avais
cherché en vain un ouvrage de ce genre dans les librairies de Bruxelles. Un
livre qui raconterait l'histoire du pays, de façon à la fois historique et
littéraire. En tant qu'archéologue et préhistorien, j'ai toujours été passionné
par l'Afrique. J'ai aussi subi l'influence de mon père qui a vécu au Congo
avant ma naissance, même s'il me parlait peu de cette période de sa vie. J'ai
finalement écrit ce livre en m'inspirant du style d'un ouvrage paru dans les
années 80 sur l'Australie : The Fatal Shore, de Robert Hughes.
Une publication a
priori inclassable, comme l'avait d'ailleurs déjà écrit mon éditeur sur la
manchette de mon premier livre, le Fléau. En fait, le terme qu'on utilise en
anglais est «non-fiction littéraire». C'est une tendance très populaire dans le
monde anglo-saxon. Le seul exemple que je connaisse en France est le livre de
Jean-Paul Kauffmann, la Chambre noire de Longwood, sur la maison de Napoléon à
Sainte-Hélène. Ce sont des ouvrages qui se situent toujours entre
l'historiographie académique, la littérature et le journalisme. C'est entre ces
trois pôles-là que je me place dans Congo. Mon idée était aussi de rendre
compte de l'histoire du pays bien avant la colonisation. J'ai voulu remonter
jusqu'à la préhistoire, au premier homme. Il était important de faire un grand
saut en arrière pour montrer que l'histoire ne commence pas avec l'arrivée de
Stanley [en 1874, ndlr] ou avec les explorateurs européens.
Vous
avez choisi de suivre des personnages, africains ou non, des grands témoins et
acteurs, à charge pour eux de narrer leur histoire et donc l'Histoire.
Oui, je raconte
l'Histoire à travers des histoires. Au début, je voulais rattacher chaque
chapitre à un témoignage particulier. Mais je me suis aperçu que les
personnages qui avaient vécu dans les années 50 se retrouvaient aussi dans les
années 60. Les existences épousent le fil de l'Histoire. J'ai travaillé six ans
sur le Congo pour ce livre, en faisant des allers-retours plutôt que de m'y
installer afin de garder un œil neuf. A chaque voyage, j'avais de nouvelles
questions en tête. Au total, j'ai fait une douzaine de séjours. A deux
reprises, je me suis retrouvé embarqué dans un voyage officiel, ce qui m'a
permis de constater l'isolement des diplomates et des politiques qui
appréhendent la réalité depuis leur bulle, entre la voiture climatisée,
l'hôtel, la salle de réunion…
Selon
vous, c'est la mondialisation qui crée les tensions ethniques, lesquelles sont
avant tout urbaines.
En effet, le Congo
n'est pas le théâtre d'une sorte de sauvagerie surgie de la nuit des temps, et
qui nous conduirait Au cœur des ténèbres. J'ai d'ailleurs horreur de cette
image qui colle au Congo depuis ce livre de Conrad. Même si les formes que
prennent ces conflits peuvent parfois sembler archaïques, la résurgence de
références ethniques, et donc identitaires, est liée à des enjeux très modernes
: surpopulation, ressources rares, multiplication des armes et des groupes
armés dans un Etat en faillite, corruption endémique, capitalisme le plus
sauvage qu'on puisse imaginer, et qui déshumanise. Sous la pression des réseaux
économiques, démographiques, militaires, on assiste ainsi à une accélération de
la prise de conscience tribale. A l'est, il y a eu aussi les conséquences du
génocide au Rwanda qui s'est répercuté dans le Congo voisin. J'évoque dans mon
livre un témoignage : «Moi, enfant, je ne savais pas que dans ma classe il y
avait des Tutsis. J'avais une amie tutsie, on voulait se marier mais, tout d'un
coup, ce n'était plus possible.» En Belgique aussi, l'ethnicité prend de
l'importance. Ce sont des questions qui ne sont pas figées depuis la nuit des temps,
au contraire. Rien n'est aussi liquide que l'identité.
Quel est
le moteur le plus important de ce retour à l'ethnicité ?
La surpopulation
est un facteur très sous-estimé. Pourtant, quand on regarde la carte
démographique de l'Afrique, on distingue quatre gros cercles et un nuage. Les
quatre cercles signalent les immenses métropoles africaines du XXIe siècle : Le
Caire [Egypte], Lagos [Nigeria], Kinshasa-Brazzaville [de part et d'autre du
fleuve Congo], puis Johannesburg et Pretoria [Afrique du Sud]. Sur cette même
carte, il y a une sorte de nuage : la région des Grands Lacs. Je crois que
l'homme est capable de survivre dans des contextes extrêmement peuplés comme
Lagos, Tokyo ou Mexico tant qu'il y a un lien avec un arrière-pays qui parvient
à nourrir ceux qui vivent dans les capitales. En Afrique centrale, surtout dans
la région des Grands Lacs, avec cette très forte progression démographique, ce
n'est pas le cas, et c'est nouveau pour la planète : pour la première fois, des
zones rurales sont touchées par la surpopulation.
Il y a
au Congo un nombre incalculable de langues et de dialectes. Or la langue est un
moyen de se distinguer…
Oui, mais la
conscience identitaire ne lui est pas forcément liée. Encore une fois, c'est
plutôt le contexte qui joue. Je pense que les groupes sociaux émergent ou se
renforcent quand ils se sentent menacés. La langue peut alors devenir le moteur
d'un discours identitaire.
Même si
la résurgence du phénomène est récente, la colonisation n'a-t-elle pas joué un
rôle dans cette prise de conscience ethnique ?
Oui, certainement.
On envisage souvent la pensée ethnique comme quelque chose d'archaïque, de
rural et de précolonial, alors que je constate que c'est un phénomène colonial,
récent et très urbain. Mes recherches m'ont conduit à repérer comment cette
pensée s'est enracinée pendant les années 20 et 30. Des bureaux ethnographiques
ont été créés entre les deux guerres. A cette époque, l'ethnographie se
référait à l'anthropologue américain Franz Boas : il a été le premier à faire
du terrain et à vivre avec des sociétés non occidentales, alors que, jusqu'à la
fin du XIXe, un anthropologue restait avant tout un intellectuel de salon qui
lisait dans son bureau le rapport des missionnaires ou des explorateurs.
Après les études de
Boas, on a commencé à classifier les tribus et à bétonner des différences selon
des catégories parfois superficielles, ignorantes des réalités plus subtiles de
la vie des communautés locales, qui d'ailleurs ne se reconnaissaient pas
exclusivement dans ce découpage. Les missionnaires ont été les premiers à
appliquer cette façon de considérer les autochtones. Ils ont appris aux ethnies
à se distinguer les unes des autres. Les écoliers devaient chanter : «Nous
sommes de telle tribu et nous en sommes fiers.»
Une pensée éthique
s'est installée d'autant plus facilement que ces missionnaires, souvent de
souche flamande, ont évangélisé dans les langues locales pour mieux
s'implanter. Cette conscience ethnique a donc été transmise par les
missionnaires. Quelqu'un né en 1890 au Katanga ne connaissait même pas
l'existence de l'océan. Vingt ans plus tard, ses enfants allaient à l'école
chanter des chansons sur les Pygmées, les Bangala, les Bakongo ou les Bashi.
Des chansons qui véhiculent des stéréotypes et creusent un fossé entre les
différentes communautés.
Mais ce
territoire n'avait pas forcement vocation à être une nation…
Le Congo, tel que
l'a conçu le roi Léopold II [de Belgique], était un découpage artificiel. Et
par la suite, il y a très souvent eu des tentations sécessionnistes, du
régionalisme. Il ne faut pas forcément habiter un vaste territoire pour être
régionaliste : regardez la Belgique ! S'il y avait un référendum aujourd'hui
pour savoir si les Congolais veulent découper leur pays par régions, le résultat
serait largement favorable au maintien de l'intégrité nationale. En fait, la
conception ethnique de la société s'est forgée durant la période de la
colonisation, puis a connu une première accélération, après l'indépendance,
avec l'émergence des séparatismes. C'est finalement Mobutu qui a créé un
sentiment de fierté à l'échelle nationale, la fierté d'être congolais, ou
plutôt zaïrois à l'époque, puisque le pays a été rebaptisé Zaïre avant de
redevenir le Congo après la chute de Mobutu. Reste que, sur cet immense
territoire (de la même taille que l'Europe de l'Ouest), Mobutu a réalisé en dix
ans ce que l'Union européenne n'a pas pu faire en soixante ans : créer un
sentiment national, un sens d'appartenance.
Mais à
quel prix ?
Je ne défends pas
Mobutu bien sûr ! Dans les années 80-90, il s'est laissé entraîner dans une
dérive dictatoriale meurtrière. Mais, durant les dix premières années de son
règne, entre 1965 et 1975, ce despote, qui avait fait pendre trois ministres et
un sénateur, a aussi forgé une identité nationale. C'était un militaire, il
avait également été journaliste. Après son coup d'Etat, il s'est appuyé sur
l'armée et les médias. Il a créé une pensée ethnique et tribale, mais qui
englobait cette fois tout le Congo. Comme si c'était un village dont il était
le grand chef. C'est peut-être l'héritage le plus important de Mobutu et de
cette époque. Car, pour le reste, l'Etat a fait faillite sous sa férule. Sa
politique économique et monétaire a été catastrophique. Son œuvre agricole, de
même. Mais son bilan sur l'imaginaire, sur le sentiment d'appartenance à une
communauté nationale a encore un impact aujourd'hui. C'était un grand
communicant, il s'est notamment servi de la musique de façon exceptionnelle
pour promouvoir sa politique et sa vision du pays. Il l'a utilisée comme
vecteur d'une conscience nationale.
Vous
êtes assez sévère avec Patrice Lumumba, que Mobutu a fait assassiner pour
s'installer au pouvoir.
Je ne suis pas
sévère, mais j'essaie de dresser un bilan de l'action de Lumumba, comme de
celle de Mobutu, Kabila ou Léopold II, et de comprendre ce que font les gens
dans le contexte de leur temps, sans donner des jugements de valeur a
posteriori, selon les critères de nos jours. Lumumba a été un penseur hors du
commun, un orateur extraordinaire, qui a eu une vision nationale alors que ceux
de sa génération avaient une vision tribale. Il avait aussi une vision sociale,
quand les autres avaient une vision élitiste.
Mais il a été très
impatient de revendiquer une indépendance immédiate, intégrale et
inconditionnelle, avec très peu d'expérience et très peu de personnel capable
de gérer les instances militaires, économiques, politiques : il y avait seize
diplômés universitaires à l'indépendance ! Sa vision était correcte, son
impatience l'a fait basculer.
Cela dit, il a dû
fonctionner dans un contexte très difficile, tout le monde était contre lui. Il
avait raison de vouloir africaniser l'armée, constituée d'officiers blancs et
de soldats congolais, mais il n'aurait pas dû le faire du jour au lendemain,
dès l'indépendance.
Depuis, le Congo
n'a jamais eu d'armée régulière qui puisse incarner l'Etat. Il a aussi eu tort
d'envoyer cette armée peu structurée combattre la sécession kasaïenne : le prix
humain fut très lourd, on parla même d'un génocide. Cependant, la plus grande
erreur a été commise par les Belges quand, onze jours après l'indépendance, ils
ont expédié leurs militaires pour restaurer l'ordre. Dans un pays indépendant !
La Belgique aurait dû faire appel à l'ONU. Lumumba a, lui, d'abord demandé le
soutien des Nations unies, puis des Américains, sans succès. Il s'est alors
tourné vers les Soviétiques et la guerre froide s'est étendue à l'Afrique pour
la première fois. Aujourd'hui, il faut distinguer le martyr de l'homme Lumumba.
Son mythe reste intact. C'est un symbole incroyable, une figure clé de
l'indépendance. Il continue d'incarner l'autonomie, une Afrique audacieuse,
aspirant à la modernité et à la liberté.
Le Congo
n'a pas connu la démocratie…
En 2006 pourtant,
lors de la première élection de Joseph Kabila, le peuple congolais a montré une
maturité impressionnante. Mais il aurait fallu tenir des scrutins locaux,
provinciaux, parlementaires et la présidentielle, dans cet ordre-là. Or, on a
commencé par les législatives, la présidentielle, puis les provinciales, les
locales n'ont jamais eu lieu. C'était une grave erreur. Les élections locales
devaient être le premier pas et la présidentielle venir plus tard. Aujourd'hui
encore, les élections ne servent pas à connaître la volonté du peuple, mais à
donner des gages à la communauté internationale. Celle-ci n'est pas dupe, mais
a, jusqu'ici, plus ou moins accepté cette illusion hypocrite. Les élections
sont désormais la référence absolue de la démocratie : si on vote, c'est que ça
va mieux. Dans les années 90, démocratie et droits de l'homme sont devenus les
critères et les cris de guerre de toute interférence internationale. Avec cette
pseudo-solution : il faut organiser des élections le plus vite possible. Est-ce
la chose la plus importante à faire, quelques années après une guerre, dans des
Etats qui n'existent pas ?
L'Occident souffre
de son fondamentalisme électoral. C'est une nouvelle évangélisation où les
tours de scrutin font office de sacrements : la forme l'emporte souvent sur le
contenu. Or, outre le fait que les cafouillages et les fraudes contredisent
cette logique, on ferait peut-être mieux de préférer la démocratisation de la
société et de la vie politique à la démocratie : favoriser l'émergence d'une
presse libre, d'une conscience critique et citoyenne, du débat politique, de
l'éducation. Car les élections, hélas, ne prouvent rien, ne résolvent pas les
problèmes. On le voit bien au Congo où Joseph Kabila s'est déclaré réélu en
2011, alors que l'opposition dénonçait un scrutin irrégulier.
Dans ce
contexte, François Hollande a-t-il bien fait d'accepter de se rendre,le
week-end prochain, à Kinshasa pour le sommet de la Francophonie ?
Mes sentiments sont
doubles. Le Congo est un des plus grands Etats francophones au monde. Je trouve
honorable que ce pays qui a beaucoup souffert accueille le sommet de la
Francophonie. Il ne faut pas l'isoler de la scène internationale. En même
temps, j'ai du mal à accepter que tous ces leaders occidentaux qui n'ont pas
protesté quand le régime actuel a changé la Constitution [le scrutin
présidentiel a été réduit à un tour, au lieu de deux précédemment, ce qui a
énormément favorisé la réélection de Kabila], que tous ceux qui n'ont pas
dénoncé les irrégularités des élections, se dirigent maintenant vers Kinshasa.
Qu'ils le veuillent ou non, ils avalisent un régime dont on ne reconnaît pas la
légitimité.
Est-ce que ce ne sont pas ses richesses qui
ont perdu le Congo ?
C'est vrai, ce pays
regorge de ressources dont les populations n'ont jamais profité, mais dont
l'exploitation et le pillage reflètent les grandes étapes de
l'industrialisation occidentale. A chaque fois que le capitalisme mondial a eu
besoin d'une matière première stratégique, il l'a trouvée au Congo. D'abord les
esclaves entre les XVe et XIXe siècles, l'ivoire au XIXe, qui a servi à faire
les notes des pianos, les boules de billard, etc. Puis vint l'ère du caoutchouc
: les besoins en Europe étaient immenses et Léopold II a exploité au prix
d'innombrables atrocités cette ressource disponible dans les grandes forêts du
pays. Durant la première moitié du XXe siècle, ce fut le temps du cuivre.
Pendant les deux Guerres mondiales, comme pendant celles de Corée et du
Vietnam, les Américains ont puisé dans les ressources congolaises. La bombe de
Hiroshima a été conçue avec de l'uranium provenant du Congo ! En clair, ce pays
a joué un rôle militaire dans l'histoire mondiale. Pendant la guerre froide,
l'accès à l'uranium et au cobalt a été un enjeu du conflit entre les Russes et
les Américains. Le Congo, entouré d'Etats à tendance communiste, était devenu
un pays pro-américain. Le Congo possède toujours ce dont le capitalisme mondial
a besoin. Après l'uranium, il y a eu le coltan pour les téléphones portables et
l'informatique. A l'avenir, l'enjeu sera certainement l'énergie
hydroélectrique. Imaginez si le barrage du Grand Inga est mis en fonction : le
Congo pourrait alors alimenter toute l'Afrique. Sans compter ses réserves en
eau potable. Ce pays est une éponge trempée au sein d'un continent en train de s'assécher.
Il a l'immense atout de disposer d'un fleuve gigantesque qui se trouve tout
entier sur le territoire national.
L'intérêt
récent de la Chine, qui s'implante en Afrique et notamment au Congo,
dessine-t-il une nouvelle forme d'exploitation, voire de colonisation ?
Ce n'est pas de la
colonisation, c'est trop facile d'expliquer la présence chinoise en se référant
uniquement à ce qui s'est passé dans la première moitié du XXe siècle. C'est
une nouvelle étape de l'histoire, encore difficile à qualifier. Plus proche
finalement de l'exploitation européenne de l'Afrique avant la colonisation,
avec l'idée de faire du commerce sans vouloir administrer ces territoires. Dans
les commentaires sur les Chinois en Afrique, il y a aussi beaucoup de jalousie
de la part des Occidentaux, une lecture très européocentriste des évolutions en
cours. L'Europe a perdu de son influence dès 1945, quand elle a accepté le
leadership américain.
La Chine, c'est un
nouveau leadership qui s'installe, notamment en Afrique. Mais la différence,
c'est que ce pays millénaire a une conscience différente du temps. La Chine a
le temps devant elle ! Et, au sein de leur Etat, ses dirigeants gèrent, en
jouant toujours le long terme, un quart de la population mondiale. Ils feront
attention à ne pas susciter trop de contestations sur leur présence. Dans
certaines entreprises chinoises, les conditions de travail sont dures. Mais
quand un manager chinois a été tué en Zambie début août, le message a été
compris à Pékin. On a par ailleurs tendance à oublier que la Chine n'est pas
seule en Afrique. La Corée du Sud, la Turquie, l'Afrique du Sud, le Brésil,
tous les pays émergents sont également présents. Le capitalisme mondial
continue à se mondialiser et l'Occident ne va pas cesser de se marginaliser. On
le verra au Congo comme ailleurs.
La
vision de l'Afrique est-elle en train de changer ?
J'ai récemment
rencontré l'écrivain [du Congo-Brazzaville] Alain Mabanckou. Nés tous les deux
après l'indépendance, nous sommes d'une autre génération, un peu plus décomplexée.
A nous d'aller au-delà de la pensée binaire : noir et blanc.
jeudi 17 janvier 2013
La dernière lettre de Patrice Lumumba à sa femme
Essayant
de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre
1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.
__
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.
Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.
Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.
Vive le Congo ! Vive l’Afrique !
Patrice Lumumba
vendredi 4 janvier 2013
2013 : RAPPEL DU DANGER, VIEUX MAIS TOUJOURS PRÉSENT, QUI GUETTE NOTRE PAYS, LA RDC.
Le peuple congolais sait aujourd’hui qu’il a été et est trahi : trahi par ses élites politiques, trahi par les Tutsis ougandais que le Président Mobutu avait aidés dans la prise du pouvoir à Kampala, trahi par les Tutsis rwandais dont la majorité a bénéficié de son hospitalité légendaire, trahi par les multinationales qui, depuis la honteuse traite négrière et l’époque coloniale, ont bâti leurs grosses fortunes sur son sang et, enfin, trahi par le concert des nations réunies au sein de la non moins célèbre ONU dont pourtant son pays est membre à part entière. Aujourd’hui, nous pouvons donc affirmer, comme A. Kefler (Sept. 2012), sans crainte d’être contredit, que ‘’le peuple congolais est un peuple sans alliés’’.
Partant de ce malheureux constat, les stratégies de 2012 doivent laisser la place aux nouvelles stratégies pour 2013. En effet, nous avons organisé des marches, nous avons fait des sit-in, nous avons bloqué l’accès aux bureaux et aux axes routiers importants afin d’attirer l’attention sur le génocide congolais, nous avons organisé des conférences et envoyé de nombreux mémos aux hauts responsables des pays et des institutions qui dirigent ce monde.
Nous avons assuré une large diffusion des horribles images de nos mamans, nos sœurs, nos filles et petites-filles violentées, des enfants et adultes tués à l’arme blanche ou à l’arme de guerre, brulés, abandonnés le long des rues, dans les champs ou enfouis dans des fosses communes. Nous avons également assuré une très large diffusion de nombreux rapports des Experts de Nations Unies, des ONG, des MSF, tous œuvrant sur le terrain des hostilités.
Nos cris, nos larmes, le sifflement du sang encore chaud des nôtres aspiré par le sol n’ont reçu qu’un silence assourdissant de la part de la communauté internationale, de la part des multinationales qui exploitent les ressources minières dans les zones de guerre, de la part des grosses compagnies destinataires des produits finis du coltan, du diamant, de l’étain, de l’or, etc.
Face à cette situation, nous avons pris l’initiative de rappeler à nos compatriotes les raisons pour lesquelles notre peuple est soumis à une souffrance indescriptible, unique dans l’histoire de l’humanité et qui en sont les responsables.
1. Quelles sont les conséquences de la guerre injuste imposées au peuple congolais?
Les conséquences sont énormes :
a)- Sept millions de morts directs et indirects. C’est plus que le fameux génocide rwandais qui a servi et sert encore de prétexte à l’armée rwandaise et son chef pour continuer à occuper une partie de notre territoire; c’est plus que le génocide juif, c’est plus que le génocide arménien, c’est plus que le génocide kurde,… C’est, finalement, plus que tous ces génocides réunis!
b)- C’est autant des déplacés, vivant dans des camps de fortune montés par les humanitaires sur la terre de leurs ancêtres;
d)- C’est autant d’enfants dont l’avenir est à jamais compromis;
e)- C’est autant des maisons, industries, biens de toutes sortes détruits ou volés par les occupants;
f)- C’est autant d’espèces animales et végétales uniques au monde tuées ou emportées pour la vente ou pour remplir les parcs des pays occupants;
g)- C’est l’écologie générale de la région qui a été transformée;
h)- C’est l’occupation des terres de nos ancêtres par les membres de l’ethnie Tutsi;
i)- C’est l’exploitation, sans compensation aucune, de nos richesses du sol et du sous-sol, etc.
j)- Enfin, ce sont des centaines de milliards de dollars US privés à l’État congolais, volés à chaque invasion dans les banques, les sièges des compagnies, les commerces et ceux issus de la vente frauduleuse des minerais, du bois et des produits agricoles, etc. (C’est avec cet argent que Paul Kagamé construit le Rwanda).
2. QUI SONT LES RESPONSABLES DE LA GUERRE QUI SÉVIT À L’EST DU CONGO DEPUIS PLUS DE 10 ANS ET DE LA SITUATION CHAOTIQUE DU PAYS EN GÉNÉRAL?
a)- L’Armée Patriotique rwandaise et les Tutsis sous la direction du Président rwandais Paul Kagamé;
b)- L’armée ougandaise et les Tutsis sous la direction du Président ougandais Yoweri Museveni;
c)- Les compagnies et groupes financiers qui exploitent les richesses minières de la R.D. Congo;
d)- Certaines élites politiques congolaises et certains hommes et femmes d’affaires congolais, tous complices et collaborant avec les occupants.
3. Quelle est la stratégie utilisée par Paul Kagamé et son armée pour infiltrer les institutions congolaises par des sujets tutsis rwandais?
a)- Au cours de la deuxième République (Zaïre) avec le Président Joseph-Désiré Mobutu
L’infiltration a été facilitée par M. Bisengimana Rwema, un Tutsi, ancien directeur du bureau du Président Mobutu. Pendant cette période, de nombreux Tutsis furent nommés à la tête des entreprises de l’État et dans leurs conseils d’administration, dans l’administration territoriale, dans la fonction publique, etc.
b)- À la naissance de la troisième République avec le Président Laurent-Désiré Kabila
Après avoir fait tomber le pouvoir de M. Mobutu, les Tutsis rwandais sous la direction du Président Paul Kagamé, avec un groupuscule des Tutsis réfugiés au Congo se faisant appeler Banyamulenge depuis 1977, dévoilèrent leur agenda caché; ils firent main basse sur l’appareil étatique : la police, l’armée, les services de renseignement, les entreprises étatiques, etc. Le gouvernement rwandais déversa une partie du trop plein de sa population dans le Sud et le Nord Kivu afin d’occuper le terrain laissé libre par les populations soit assassinées soit ayant fui la guerre. Mais plus grave, le Général James Kabarebe, actuel Chef d’État-Major de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) est nommé Chef d’État-Major de l’Armée Nationale Congolaise, achevant ainsi le travail d’infiltration des officiers et soldats rwandais dans l’appareil de sécurité du pays. Lorsque le Président Laurent-Désiré Kabila s’en rendit compte, il mit fin à leur deal. Il paya le prix fort pour cela : il fut assassiné!
c)- À l’avènement du Président Joseph Kabila Kanambe
On ne sait toujours pas par quelle magie Joseph Kabila arriva au pouvoir après l’assassinat de son père, L.D. Kabila. On assista à de nombreux pourparlers entre de nombreuses milices armées qui s’étaient engagées dans la guerre : AFDL (1996), RCD, CNDP, MLC, MAI-MAI, etc. Les accords de Pretoria aboutirent à une autre période d’infiltration dans l’armée. À titre d’exemple, on peut citer (les personnes nommées ci-dessus sont encore en service ou ont été remplacées par d’autres Tutsis):
- le Général Obed Rwabasira : Commandant de la région militaire de Goma;
- Colonel Mutebusi, Commandant des bataillons Banyamulenge dans la plaine de la Ruzizi, il est cousin de l’ancien vice-président Azarias Ruberwa, Tutsi, dans l’odieuse formule1 + 4;
- Général Laurent Kundabatware, officier de renseignement de l’APR, est nommé Commandant du RCD-Goma, puis Commandant de la région militaire du Nord-Kivu; puis remplacé par le Général Bosco Ntaganda;
- Général Buki, Tutsi par sa mère, est nommé Commandant des Forces Terrestres de l’armée congolaise, il est le protégé de James Kabarebe;
- Général Malick, Commandant d’État-Major chargé de la logistique;
- Général Amisi, alias Tango-Tango, ancien milicien de RCD de Ruberwa, jusqu’il n’y a pas longtemps Chef d’État-Major de la Force Terrestre des FARDC;
- Colonel Mustapha, Commandant de la région militaire de Bandundu, avec comme adjoint, son propre cousin! Etc.
En examinant les différentes guerres injustes imposées à nos populations dans la province Orientale, dans les provinces du Nord et Sud-Kivu ainsi que dans le Nord du Katanga, on peut relever la stratégie de l’APR: créer un mouvement politico-militaire, envahir une partie de l’Est du Congo, implanter ses ressortissants civiles dans les zones enviées (particulièrement Minembwe, territoire créé de toute pièce pour accueillir les Tutsis, assouvir la soif d’annexion de M. Kagamé), négocier avec le gouvernement congolais affaibli (ou complice?), puis infiltrer ses officiers supérieurs et soldats dans les structures de l’armée et de l’administration congolaises. Ce mécanisme semble bien rodé maintenant et le seigneur de Kigali ne s’en prive pas!
d)- Depuis avril 2012, l’hydre de Kigali a engendré une nouvelle tête dénommée M23. Ce mouvement d’émanation du pouvoir rwandais, applique la même stratégie décrite ci-dessus. Les responsables du M23 sont à l’étape des négociations avec le gouvernement de Kinshasa à…Kampala! Mais qui sont ces M23? Ce sont des jeunes tutsis ‘’banyamulenge’’ formés à Kigali et armés par l’APR de Paul Kagamé. Leurs officiers sont d’origine tutsie, tous membres des milices du Congres National pour la Défense du Peuple (CNDP) et du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD). L’un de leurs leaders, le Général Sultani Makenga, est l’ancien aide-de-camp du Général Tutsi rwandais Laurent Kundabatware. Ils ont été mixés puis révoqués des Forces armés de la RDC (FARDC) pour refus de rejoindre leurs lieux d’affectation
4. Quels sont les objectifs poursuivis par Paul Kagamé, Yoweri Museveni et leurs armées?
a) – Épuiser le peuple congolais afin de s’assurer le contrôle de tout le pays;
b)- Créer, avec le concours de tous les Tutsis et sous le regard complaisant de la communauté internationale et de l’ONU, une colonie de peuplement (Tutsiland) dans les provinces du Nord et Sud Kivu et s’assurer l’exploitation des richesses du sol et sous-sol de ces deux provinces;
c)- Atteindre l’étape ultime de ces opérations : la mort (=balkanisation) du Congo en tant qu’État souverain, unitaire et ouvrir la voie à l’exploitation sauvage des immenses richesses de chaque nouveau territoire ;
c)- Protéger, par leurs armées et polices, les intérêts des Multinationales et groupes mafieux qui exploitent frauduleusement les richesses minières dans l’Est du Congo et dans le reste du pays.
Tout observateur attentif a déjà remarqué que certains de ces objectifs ont été déjà soit à moitié ou entièrement atteints. C’est là le danger qui nous guette! Nous avons affaire à des ennemis mortels.
5. Quelles sont, en 2013, les nouvelles stratégies pour libérer le Congo?
Il est impérieux de nous réveiller, d’unir nos forces en 2013, d’enterrer nos petits problèmes internes, d’essuyer nos larmes, d’éviter nos réactions épidermiques mais d’analyser froidement la situation afin de faire ressortir d’abord les causes imputables à nous-mêmes et les moyens pour les corriger, puis les causes imputables aux ennemis de notre peuple et leurs complices et les moyens ainsi que les ressources pour les éradiquer. Les femmes et les hommes d’action, les jeunes et les moins jeunes devront se mettre à table pour discuter de ces nouvelles stratégies. Ces dernières ne seront pas mises sur Internet comme en 2012 car vous ne connaissez pas tous ceux qui partagent vos listes.
‘’Nos adversaires ne sont pas plus forts que nous, mais simplement plus déterminés’’.
Et, ne l’oublions pas, le Rwanda, aujourd’hui surarmé et soutenu par certains pays occidentaux et leurs hommes d’affaires, est plus petit que la ville de Likasi!
Bonne et heureuse année à tous.
Réflexions de Mulongeshi S. Kamatanda TSHIBWABWA
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