SAGA de SEM LM WALLE en DEUX ans sous COVID-19

Maître Louis-Marie, WALLE Lufungula, au deuxième tour, après celui du mercredi 10 avril 2019, que cet ancien magistrat du parquet de Grande Instance de Goma, devenait le troisième gouverneur élu de la Province mythique de la Tshopo. Il n'a pas laissé au Gouverneur sortant Constant LOMATA aucune chance pour se succéder à lui-même ! Dix-sept voix obtenues sur les 27 votants alors qu’au premier tour il avait eu sept voix, poursuivi par C. LOMATA qui en avait six.

Dans les rues "boyomaises sans FIL", c’était une liesse populaire : des cris de joie, des klaxons de taximen-motos retentissaient partout. Pour saluer l'arrivée à la tête de la TSHOPO, d'un digne fils, avec espoir « cette dernière va bientôt avoir une nouvelle ère pour son décollage et son développement », mais c'était sans compter avec la meute des sorciers et autres chiens enragés déterminés à faire descendre, par tous les l'apôtre et l'envoyé du Maitre pour le développement et la promotion de la Province.

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Pour rappel, Louis Marie Lofungola avait démissionné du PPRD pour se présenter en indépendant avec comme vice-Gouverneur, M. Maurice ABIBU Sakapela Bin Mungamba, ancien journaliste de la RTNC/Kisangani, grand défenseur du RCD/Goma à Kisangani, il fut ministre provincial en charge de l'Intérieur, Sécurité du premier gouverneur de Province M. Jean ILONGO Tokole, premier Gouverneur de la Tshopo issue de la province Orientale démembrée.

WALLE Lufungola, qui est-ce ? Juriste de formation, né à Yangambi un certain 25 juillet 1964. Il a fait ses humanités Latin Philo au Collège Maele à Kisangani, ses études de Droits à l’Université de Kinshasa. il fut nommé magistrat au parquet de Grande Instance de Goma. De là, il embrassa la carrière politique avec "l'avènement de conglomérat des opportunistes et aventuriers de l’AFDL" du Mzee Laurent Désiré KABILA. En 1996, à Kisangani, il fut nommé Premier Secrétaire Provincial de l'AFDL, fonction supposé à tort comme supérieur à celui du Gouverneur de Province ! Il quitta ses fonctions du Directeur Général du Journal Officiel de la RD Congo, avant de poser sa candidature au poste de Gouverneur de province. Marié et Père de cinq enfants, le troisième Gouverneur de la Tshopo, Louis marie WALLE Lufungola, conscient de l'envoutement voir du signe indien qui poursuit la TSHOPO depuis l'indépendance nationale, avec des guerres et tueries à répétition (rébellion 1964, mercenaires de tout bord, l'avènement des opportunistes et aventuriers de l'AFDL, qui confia la Province à DIEU (Jésus) en organisant une Prière Œcuménique à l'Esplanade de la poste de Kisangani.

Depuis lors, tous les sorciers et autres esprits malins s'acharnent contre lui avec des accusations mensongères. Mais le Maitre de l'Univers est toujours avec lui et malgré tout, il tient bon et ses compatriotes l'ont surnommé, "TCHUMA ya MOTO càd barre de fer chaud", qu'on ne serait tenir à mains courantes !

Malgré des complots ourdis des sorciers de tout acabit, Me LM WALLE L. résiste encore aux ouragans des motions à répétition qui secouent des Institutions Provinciales à travers la RD Congo ! Visé par une deuxième motion de censure signée par 14 élus sur les 28 députés de la province de Tshopo, WALLE Lufungula et toute son équipe gouvernementale ont pu saisir la COUR constitutionnelle et l'Assemblée provinciale notifiée, aurait dû ne pas aller jusqu'au bout, en votant leur motion de censure, initialement signé par 14 élus, ce sont 17 députés qui ont voté ladite motion, sans atteindre le quorum requis en pareille situation. Ayant constaté l'erreur, ils auraient établi un Procès-verbal en dehors de l'Assemblée Provinciale : "faux usage de faux"! Ainsi la Cour Constitutionnelle est saisie de toutes ces irrégularités.

Mais les prétendus connaisseurs de la chose juridique ne s'entendent pas sur la surséance de l'action (!), attendons l'Institution ayant qualité et autorité pour interpréter la LOI, la Cour Constitutionnelle. D'ici là, le combat cessa faute de combattants et les affidés de chaque camp se battent dans les réseaux sociaux.

Pourtant "Nul ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits " ! En effet, l’exécutif provincial est notamment accusé de "manque de vision claire de développement, des actions hasardeuses, à bâton rompu, clopin-clopant et clairement prédatrices, une gestion «opaque et calamiteuse» des finances publiques ainsi que le détournement de 2,5 millions de dollars américains....”

Absent à la fameuse séance où il était attendu pour répondre aux accusations contenues dans leur motion, SEM le Gouverneur WALLE, à travers une lettre adressée au bureau de cette assemblée, les invita à la sagesse afin d’éviter «une énième humiliation (!)». En effet, SEM le Gouverneur, Louis-Marie Walle Lufungula dénonce l’attitude des députés, qui reviennent sur un problème déjà tranché en sa faveur aussi bien par la cour d’appel que par la Cour constitutionnelle.

Evoquant le principe général de droit selon lequel "nul ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits", afin d'«éviter une énième humiliation à la population de la Tshopo par des actions irréfléchies et hasardeuses des députés provinciaux».

Wait and see ....jusqu'à la fin de la procédure devant la COUR constitutionnelle. Dans l'entre-temps, un général de la PNC qui a tenu imprudemment "la barre incandescent LMWL", en a eu pour son compte !


samedi 15 décembre 2012



Faire face aux problèmes de fond que soulève la guerre du M23 à l’heure des négociations de Kampala


Par Kä Mana
La réflexion que je propose ici, je l’ai conçue et rythmée quand les troupes du M23 ont quitté la ville de Goma après une douzaine de jours d’occupation. J’avais au plus profond de moi le souci de savoir si la guerre menée par les rebelles s’achevait dans une totale absurdité où s’il y avait, grâce à elle, une certaine profondeur à penser et à offrir à la nation congolaise afin que notre société puisse lire correctement les signes des temps et orienter sa destinée à partir de ces signes, avec toutes les questions de fond qu’il ne nous est plus possible d’éluder maintenant.
Quand on s’adonne à un tel effort de lucidité sereine et de réflexion calme, on est confronté à deux noyaux de discours qui se diffusent dans la société congolaise de part en part et révèlent les enjeux importants sur lesquels devraient porter les efforts de paix durable en RDC, si l’on veut réellement évaluer tout ce qui est arrivé et en tirer de leçons fructueuses, tranquillement.
Deux noyaux de vision d’un même événement
On se confronte directement à la parole de nos compatriotes qui s’écrient, dans un sentiment de satisfaction radieuse et de soulagement rayonnant : « Ouf ! Ils sont partis, ces envahisseurs, nous espérons ne jamais revivre le cauchemar que ces bandits de grand chemin nous ont imposé.  »
En face, souriants et confiants, les sympathisants du mouvement rebelle et les militants de sa cause, heureux du retentissement mondial que la chute de Goma a donné à leurs revendications, affirment :  » Nous sommes là et nous resterons là ; notre révolution se poursuivra jusqu’au triomphe final. « 
Je me demande, pour ma part : que se cache-t-il derrière l’une et l’autre de ces deux visions de la réalité, au moment où commencent les négociations de Kampala entre le gouvernement de Kinshasa et les rebelles du M23? Ces Négociations qui risquent de durer longtemps, à la congolaise, sans aucun sens de l’honneur, de la dignité ou de la responsabilité, au rythme de multiples querelles protocolaires, d’innombrables enlisements diplomatiques, de moult dérives politiciennes et d’insoupçonnables retournements et rebondissements en abondance.
Logique des ambitions
Un ami, qui fait parti de nos compatriotes heureux et soulagés de voir Goma libérée de la rébellion, et qui est membre de la société civile de la ville dans une organisation pour la paix, m’a appelé au téléphone dès l’annonce du départ des militaires du M23. Nous avons eu une brève conversation sur ce départ.
Lui : Tu as appris la nouvelle ?

Moi : Quelle nouvelle ?
Lui : Ils sont partis.
Moi : Qui ?
Lui : Les envahisseurs du M23.
Moi : Tu crois qu’ils sont vraiment partis. J’ai pris une moto ce matin et le conducteur de la moto m’a dit le contraire de ce que, toi, tu affirmes.
Lui : Tu ne vas tout de même pas croire ce que dit un motard.
Moi : Je te dis seulement que le petit peuple ne croit pas sérieusement au retrait du M23 de Goma. C’est cela que le motard prétend.
Lui : Je te dis qu’ils sont partis.
Moi : Le motard m’a demandé combien de militaires du M23 sont entrés dans la ville, combien en sont sortis et qui a contrôlé les effectifs à l’entrée comme à la sortie des troupes.
Lui : la décision a été prise par les instances supérieures de la communauté internationale.
Moi : Le motard prétend qu’on peut être motard et travailler calmement dans les rues de Goma, tout en étant un implacable et farouche combattant, au service du M23. Il a ajouté, en riant :  » Ce n’est pas pour rien que les motos figurent, en abondance, parmi le butin de guerre de l’armée révolutionnaire qui a pris la ville.  » Et il semblait, malgré l’ironie, savoir de quoi il parlait.
Lui : Il parlait pour parler, pour rire seulement.
Moi : Je n’en suis pas si sûr.
Lui : Et que veut dire ce motard, à ton avis ?
Moi : Que le M23 était clandestinement à Goma avant la chute de la ville, qu’il s’est installé officiellement dans la ville avec son armée pendant les jours d’occupation et qu’il restera encore clandestinement dans la ville en attendant l’occasion de reprendre la guerre, si les négociations échouent.
Lui : Les choses se jouent maintenant au plus haut niveau politique et les mesures sont prises pour que Goma ne tombent plus.
Moi : Les choses se jouent aussi dans les entrailles de la population et il faut y être sensible, si tu vois ce que je veux dire.
Lui : Je ne vois pas.
Moi : Réfléchis tout de même à ce que le motard dit. Vox populi…
Quand je me suis attentivement concentré sur les propos de mon ami de la société civile et sur ceux du motard anonyme de la ville de Goma, j’ai compris que nous venons de vivre une guerre inachevée. Une guerre dont il faut tirer les leçons dans une réflexion approfondie sur le message des rebelles et sur les problèmes de fond qu’il recèle face au gouvernement actuel et à l’ensemble de la société congolaise. Il ne suffit pas aujourd’hui de croire, comme mon ami de la société civile, que tout est fini parce que les instances politiques de la CIRGL ou de la communauté internationale l’ont ainsi décidé, alors que des troupes du M23 sont à six kilomètres de l’aéroport et qu’elles campents sur les collines surplombant Goma. De même, il ne suffit pas d’être convaincu, comme mon motard anonyme, que le M23 est encore niché clandestinement dans la ville, pour croire qu’une nouvelle chute de Goma sera une solution à la crise. Il me semble plus judicieux de regarder les choses en face et d’interroger les événements avec rigueur pour proposer les voies les meilleures de sortie de crise.

Creuser plus à fond

Quand j’ai dit tout cela à un professeur d’université de la ville, il a voulu que nous approfondissions mes convictions et que nous en discutions sereinement.
Lui : Tu penses qu’il faut faire quoi exactement ?

Moi : Toi et moi, nous appartenons à une catégorie de la société dont l’une des tâches fondamentales est de réfléchir et de produire des connaissances sur ce qui se passe réellement dans la société, en vue des solutions vraies et crédibles. Nous ne sommes ni de la société civile, pour prendre des vessies pour des lanternes, comme c’est de plus en plus le cas en RDC, surtout à Kinshasa, ni de la base sociale des populations qui prennent leurs rêves pour la réalité, ni de l’ordre de l’armée congolaise, qui recule au moindre danger face aux armées ennemies et espère tout de même continuer la guerre. Nous devons faire notre travail.
Lui : C’est-à- dire ?
Moi : Réfléchir sur ce qui arrive au pays et produire des connaissances pour résoudre globalement les problèmes.
Lui : Et que nous est-il arrivé avec le M23 ?
Moi : Une guerre dont nous devons maintenant comprendre les tenants et les aboutissants, si nous voulons qu’une vraie négociation ait lieu et réussisse, au lieu d’une mauvaise négociation que le gouvernement et les rebelles risquent d’offrir au monde, faute d’une analyse sérieuse des enjeux du présent et de l’avenir de notre pays.
Je me suis attaché à dérouler les événements comme il convient, à mes yeux, de les lire en écoutant ce qui se dit et ce qui se raconte dans divers milieux sur cette guerre : les milieux politiques congolais, les milieux de l’intelligence, le champ de la société civile, l’armée, les populations et la société civile.
Moi : On ne peut pas avoir une bonne vision du problème si on ne distingue pas bien les niveaux du problème tel qu’il est perçu à grande échelle par tous ces groupes.

Lui : Comment est-il perçu ?
Moi : Il y a plusieurs niveaux de guerres en présence et plusieurs conflits en concurrence.
Je lui ai parlé alors de la guerre de personnes que le discours populaire sent bien entre les deux présidents, celui de la RDC et celui du Rwanda. Une guerre dont le petit peuple dit qu’elle est un affrontement de complices qui se trahissent sur des enjeux souvent cachés aux yeux du monde, sur la base des promesses vite noyées dans les mensonges et la roublardise politicienne.
Il ya la guerre entre les FARDC et le M23. Les forces intellectuelles, la société civile et l’Eglise du Congo, pour soutenir le gouvernement en place à Kinshasa, parlent d’une guerre d’occupation, de prédation, de pillage ou de balkanisation.
Il y a la guerre des milices locales entre elles, avec ou sans l’aide étrangère, autour des enjeux fonciers comme autour de la maîtrise du circuit des minerais dont le Congo affirme qu’ils sont sa richesse sans pourtant mettre sur pied ni une politique d’exploitation cohérente à l’échelle industrielle à l’est du pays ni une dynamique de sécurisation sérieuse de l’espace nationale par une force militaire crédible.
Il y a des guerres liées aux enjeux identitaires, fondées sur l’énergie des atavismes tribalistes ou sur la volonté de chaque tribu d’assurer sa propre sécurité et de disposer de son propre espace de vie.
Telles qu’elles se mènent aujourd’hui, toutes ces guerres sont du type négatif : ce sont des guerres de destruction. 
Pour relancer notre dialogue, mon interlocuteur m’a demandé ce qu’il convient de faire face à ces guerres.

Lui : On fait quoi face à toutes ces guerres ?

Moi : Il faut en démonter les logiques et en analyser les mécanismes, pour découvrir que derrière tous les arguments qui les justifient, il y a une incompréhension stratégique manifeste : toutes les revendications qui les portent peuvent être satisfaites par la paix et dans un contexte de paix, avec beaucoup plus de fécondité qu’en contexte de guerre.
Lui : Aucun acteur dans toutes ces guerres ne répondrait favorablement à des propositions de paix.
Moi : Si !
Lui : Comment cela ?
Moi : En remplaçant les guerres négatives et destructrices par des guerres positives et constructrices, pour chaque belligérant individuellement et pour tous les groupes en guerre tous ensemble.
Lui : Je ne vois pas de quoi il s’agit.

De la guerre négative à la guerre positive
Je n’ai pas voulu continuer le dialogue de manière abstraite. J’ai proposé que nous prenions pour exemple la guerre du M23 telle que nous l’avons vécue à Goma. Transformer une telle guerre négative et destructrice en une guerre positive et constructrice, cela devrait être l’enjeu de toutes les négociations sérieuses et profondes entre le gouvernement et le M23.
Lui : Développez votre pensée.

Moi : Regardons les choses en face.
Lui : Que s’est-il passé ?
Moi : Ceci exactement. Un groupe d’indisciplinés aux yeux de notre gouvernement devient une petite troupe de mutins. La petite troupe de mutins devient une force de guerre. La force de guerre se dote d’une aile politique pour agir sur les esprits. Tout devient une machine implacable et un rouleau compresseur qui arrive à prendre une ville forteresse comme Goma. Cela ne te donne pas à réfléchir ?
Lui : On sait qui est derrière la puissance du M23, quels pays, quels présidents et leurs armées.
Moi : Ce n’est pas une explication. Pourquoi ceux que l’on considère comme la force de levier du 23 font-ils ce que l’on dit qu’ils font ?
Lui : Derrière ceux qui sont la force de levier du M23, comme vous dites, on connaît le poids des puissances mondiales et de leurs intérêts de pilleurs et de prédateurs.
Moi : Là également, ce n’est pas une réponse. On ne fait que massifier le problème et il devient difficile à résoudre. S’il faut agir sur les puissances mondiales obscures, sur un Rwanda puissant et invincible, sur l’Ouganda déterminé à agir pour ses intérêts au Congo et sur le M23 dans toute ses capacités de nuisance dans le Nord Kivu, autant baisser les bras tout de suite et attendre que la situation s’évapore elle-même avec ses problèmes.
Lui : que faire alors ?
Moi : Je vous l’ai dit.
Lui : Quoi ?
Moi : Considérer attentivement les événements et tenter de voir ce qu’il y a derrière eux et les problèmes qu’ils posent. Ces problèmes, une fois qu’ils sont identifiés, permettraient de changer une guerre négative et destructrice en une guerre positive et constructrice. On les considérerait comme des enjeux face auxquels il faut se mobiliser ensemble pour des solutions fécondes au lieu de s’enfermer dans les sarcophages de la violence et de la mort. 
Lui : Lesquels ?
Moi : Regardons comment s’est déroulée la chute de Goma, par exemple.
J’ai alors présenté à mon collègue la chronologie des événements. 15 novembre : la bataille de Kibumba que le Congo présente comme un triomphe pour son armée et une débandade pour les rebelles. Nous sommes à 25 kilomètres de Goma. Deux jours après, toujours à Kibumba, ceux que nous croyions en débandade reprennent l’offensive et créent la panique chez les FARDC, armée congolaise qui recule à Kalimanyoka, à 14 kilomètres de Goma.  » Repli stratégiques « , disent les autorités militaires congolaises. Malgré le soutien de la Monusco, l’armée congolaise recule encore devant les attaques de l’armée révolutionnaire congolaise du M23. Nous sommes à 10 kilomètres de Goma. Le mouvement de recul va continuer jusqu’à Kibati, à 10 kilomètres de Goma, toujours sous la puissance de feu de l’ARC. Vient alors la bataille finale dans Goma même, ville qui tombe le 20 novembre. Et c’est ce jour même de la chute que les troupes de renfort des FARDC viennent de Bukavu. Trop tard.
Moi : vous ne voyez pas le problème dans la stratégie des FARDC face à l’ARC ?

Lui : On voit bien que l’armée rwandaise était derrière les rebelles. C’est l’armée rwandaise qui a pris Goma. Il y a même un rapport des instances internationales qui l’attestent. 
Moi : J’ai demandé si vous ne voyez pas le problème derrière la stratégie militaire des FARDC et vous me répondez que le problème de la stratégie militaire des FARDC, c’est le Rwanda, en vous appuyant sur un rapport international qui tombe trop à pic pour être vraiment crédible.
Lui : Ce sont les Rwandais qui ont défait notre armée.
Moi : Pour moi, le problème n’est pas la puissance des puissants, mais la faiblesse des faibles. C’est ce problème que nous devons penser au Congo aujourd’hui et chercher à savoir pourquoi nous sommes si faibles. Nous nous rendrons alors compte que derrière une défaite militaire lors d’une bataille se profilent des faiblesses structurelles congolaises dont les FARDC dans leur stratégie de recul en recul, de fuite en fuite et de défaite en défaite, sont un miroir.
Lui : Vous dédouanez le Rwanda à peu de frais.
Moi : Je réponds à la question de savoir quel est notre problème essentiel en RDC. Laissons le Rwanda résoudre ses problèmes et résolvons avant tout les nôtres. Résolvons d’abord nous problèmes de fond, tout le reste nous sera donné par surcroît.

Nos vrais problèmes
Cette discussion avec mon collègue résume la substance des débats congolais sur les problèmes du pays aujourd’hui. Bien des Congolais voient les faiblesses du pays mais cherchent des réponses en dehors de la lumière même des problèmes tels qu’ils se posent : la lumière des faiblesses structurelles de notre nation.
Il y a d’abord les problèmes des faiblesses structurelles de tout notre système de sécurité nationale au sens global de ce terme. De la sécurité véritable d’un pays, nous n’avons pas des forces, mais les faiblesses : un manque d’organisation manifeste, un déficit de volonté et de motivation pour défendre le territoire national, un manque de foi des citoyens dans les autorités dirigeantes de la nation et une indifférence face au devoir de donner au pays une énergie de changement qui le rende plus fort.
Il y a ensuite les faiblesses structurelles du système politique congolais : un système d’irresponsabilité face au choix à faire pour donner de la puissance à la nation ; un système d’incohérence stratégique dans le champ de toutes les batailles qu’un pays sérieux doit vouloir gagner dans le monde d’aujourd’hui (économie, sciences, technologies, santé, éducation, infrastructures et organisation).
Il y a enfin les faiblesses de l’imaginaire congolais qui est devenu un imaginaire de jérémiades sans fin, dans un ponce-pilatisme national sans limites face à ce que nous devons prendre comme responsabilité face à notre propre destin. Ce déficit de responsabilité me fait penser à ce que le l’ex-président américain Bill Clinton écrivait un jour sur lui-même :  » On m’avait appris à ne jamais faire peser sur d’autres la responsabilité de mes problèmes.  » Dans la société congolaise, nous avons appris le contraire et nous ne nous rendons pas compte que nous sommes sujets de nos actes et maîtres de l’image que nous donnons de nous aux autres partout dans le monde.
Je considère que ces trois formes de faiblesses que la guerre a révélées devraient désormais être au cœur de la réflexion congolaise sur le Congo. C’est la première grande leçon que je tire de la guerre du M23 et de la défaite de notre armée. Que les troupes de ce mouvement soient parties de Goma où qu’elles soient encore clandestinement dans la ville m’importe peu. L’important est de considérer que ce qui est arrivé est un catalyseur d’une nouvelle conscience qui doit naître : nous sommes faibles, il nous faut inventer une politique de puissance et de développement pour le Congo. Seule une telle politique de puissance et de développement nous permettrait de tenir en respect tous ceux qui, directement ou indirectement, à l’échelle des grandes Puissances du monde ou tout près de nous comme voisins directs, auraient la tentation de vouloir nous attaquer pour nous dominer ou nous vassaliser.
J’ai alors dit clairement au professeur dans notre dialogue, ce qui me paraissait fondamental.
Moi : Si nous transformons la bataille négative et destructrice du M23 dans ses revendications étroites et partisanes en bataille positive et constructrice pour la puissance et le développement, nous deviendrions plus forts et plus intelligents que tous ceux que nous accusons d’agression, de pillage, de prédation, de crimes de guerre et de crime contre l’humanité. Le combat sera alors celui du peuple congolais contre lui-même et c’est cette bataille là que nous devons gagner. Absolument. Impérativement.

Lui : Je vois, je vois, je vois.
Moi : Nous devons comprendre cela, et nous devons le faire comprendre également au M23. Les négociations de Kampala pourront alors être des négociations entre Congolais sérieux et responsables, et non une farce inutile et grotesque. Elles tourneraient autour d’une grande ambition nationale et toute la nation congolaise serait concerner et s’approprierait les vrais enjeux de la guerre du M23. On serait alors loin, très loin des petits accords d’un certain 23 mars 2009 et l’on verrait l’avenir du Congo dans son éclat et dans les responsabilités qu’il exige de chaque congolaise et de chaque Congolais.
Lui : Quel vaste programme !
Faire face à notre avenir dans une attitude responsable


La manière dont je cherche à transformer une guerre négative et destructrice en une guerre positive et constructrice ne reçoit pas l’assentiment de certains de mes compatriotes va-t-en-guerre aujourd’hui. A un journaliste de Kinshasa qui m’a appelé pour me reprocher ma tendance à trop me concentrer sur l’état intérieur du Congo sans voir exactement le poids de la communauté internationale et de nos voisins dans nos malheurs et dans nos problèmes, j’ai répondu en clarifiant ma position à partir de l’état actuel des provinces du Kivu.

Moi : Pourquoi voulez-vous absolument que toute réflexion sur nos problèmes commence par la dénonciation de nos voisins et d’un complot mondial contre le Congo ? 

Lui : Ce n’est pas notre faute si nos richesses attisent les appétits.
Moi : Quelles richesses et quels appétits.
Lui : Tu n’ignores pas les richesses de notre sous-sol et de notre sol.
Moi : Je connais le beau mythe d’un Congo aux richesses naturelles infinies et il m’enchante dans tous mes rêves et dans toutes mes espérances. Mais je sais que la vraie richesse d’un pays, c’est sa matière grise. Je n’ai pas le sentiment que nous en ayons à profusion, la matière grise, quand je vois comment le pays est gouverné et géré et comment les richesses dont nous parlons sont réellement exploitées et à quoi sert l’argent qu’elles rapportent. Au Kivu, nous en sommes encore à une exploitation artisanale du sous-sol, avec des houes, des machettes et des pelles, alors qu’une politique d’industrialisation de la région serait notre véritable utilisation de la matière grise. En réalité, ce qui aiguise les appétits des autres, ce ne sont pas nos richesses naturelles : c’est le fait que ces richesses ne sont pas entre les mains des dirigeants et d’un peuple qui ont suffisamment de matière grise pour en organiser l’exploitation, pour en faire une énergie de développement et pour devenir, grâce à cela, un pays puissant et respectable.
Lui : Vous exagérez. Nous avons aussi au Congo d’énormes richesses d’intelligence ?
Moi : Elles font quoi exactement de leur pays ?
Mon interlocuteur s’est tu un bon moment, comme s’il sentait soudain où le bât blesse et où le Congo est un problème pour le Congo. Il respira profondément avant de relancer notre dialogue :
Lui : Vous aimez l’auto-flagellation stérile.

Moi : Vous auriez préféré l’autoglorification flambante, sans doute.
Lui : Ni l’une ni l’autre.
Moi : Alors vous devez partager avec moi la lucidité critique et l’honnêteté intellectuelle pour voir les choses telles qu’elles sont dans la situation actuelle du Congo telle que nous la révèle la guerre du M23.
Lui : Je me demande bien ce que vous mettez derrière les exigences de lucidité critique et d’honnêteté intellectuelle.
Moi : ce sont les exigences que toutes les forces de l’intelligence devraient se donner au Congo actuellement.
Lui : Elles consistent en quoi ?
Moi : Eventrer le boa, comme dit le langage populaire.
Lui : Pour trouver quoi dans le ventre du boa-RDC ?
Moi : Ce que la guerre du M23 nous a montré au grand jour.
Lui : Quoi exactement ?
Moi : J’ai inventorié sept nœuds de problèmes à la solution desquels il est urgent de s’atteler et qui devraient être le cœur de toute négociation sur l’invention d’un avenir à la RDC.
Lui : Vous pensez que Kampala sera une nouvelle Conférence nationale pour le Congo ou une sorte de Sun City pour un compromis politique global qui remette le Congo sur les rails ? Vous vous trompez. Kampala est un petit forum pour résoudre de petits problèmes de cuisine en suspens interne entre les rebelles du M23 et le gouvernement, sans doute dans la perspective de distributions de grâces matérielles sous formes de postes dans l’armée.
Moi : Si nous sommes devant un gouvernement sérieux et des rebelles sérieux, nous devons conjecturer qu’ils décideront d’aborder des problèmes de fond et je vous ai dit que j’en ai identifié sept.
Lui : Justement nous ne sommes dans la configuration de sérieux dont vous parlez.
Moi : Ce sont les événements qui imposent le sérieux. Et la guerre du M23 a sans doute secoué notre cocotier congolais. Du moins elle devrait le faire.
Je me mis alors à dérouler les vrais problèmes qui exigent des débats de fond et des solutions radicales pour une paix durable dans un pays comme le nôtre.
Le problème de la refondation ou de la vraie fondation de l’Etat congolais. 

Comme tout le monde sait aujourd’hui et voit clairement que la RDC est un pays sans Etat véritable ni capacité de garantir la sécurité au sens plein du terme à ses habitants, il faut réfléchir sur les conditions indispensables à la construction d’un vrai Etat. Ces conditions sont à mes yeux : la crédibilité des dirigeants, leurs qualités humaines, la légitimité de leur mandat et la solidité des institutions. Il ne s’agit pas d’un problème purement politique, il s’agit surtout d’un problème de rationalité organisatrice et d’engagement éthique. Si ce problème n’est pas résolu, c’est en vain que l’on négociera des grâces, des jouissances, des positionnements, des bénéfices et moult avantages. Plus exactement, il serait ruineux de faire des dépenses somptuaires pour des débats concernant le pouvoir et son partage entre gouvernement et rebelles quand on n’a pas changé le cadre de ce pouvoir et de son exercice.
Le problème de la gouvernance participative et de la capacité de l’Etat à en garantir l’exercice par un ordre des pouvoirs et de contre-pouvoirs fertiles. 

S’enfermer dans une politique qui donne l’opportunité à un groupe de personnes de s’approprier les richesses du pays par la violence armée ne peut conduire qu’à des cycles de contre-violences, qui empêcheraient le pays de fonctionner selon une normalité démocratique que chaque Congolaise et chaque Congolais appellent de tout cœur. Quand on refuse cette perspective d’un fonctionnement démocratique et que l’on s’enferme dans l’archaïsme de petites royautés despotiques dans des villages sans infrastructures, comme cela se passe maintenant à l’est de la RDC, on sème le vent pour récolter un jour ou l’autre la tempête. En RDC, il convient de semer plutôt la démocratie pour récolter la paix durable.
Le problème de la décentralisation du fonctionnement des structures étatiques pour une efficacité maximale de l’action à l’échelle locale. 

La Constitution de 2006 avait garanti au pays cette voie de la décentralisation comme la marque de démocratie pour un Congo de nouvelles ambitions de grandeur. Le gouvernement de Kinshasa a refusé cette voie de la sagesse constitutionnelle au profit d’un ordre de centralisation incompétente. Nous en payons aujourd’hui le prix. A la place d’une décentralisation maîtrisée dans un Etat fiable et crédible, nous en sommes, dans les provinces du Kivu particulièrement, à des principautés meurtrières cruellement administrées par des milices que le gouvernement lui-même alimente en armes. Comble des combles ! Il faut casser les ressorts d’un tel système et faire de nouveau d’une décentralisation responsable et de sa fécondité locale le socle de notre système politique d’avenir.
Le problème de la gestion des identités ethniques dans l’espace social congolais. 

La Troisième République n’a pas résolu ce problème. Mobutu avait classé le tribalisme dans la liste des délits et des crimes. Cela lui avait permis pendant un long temps de créer et de consolider l’unité du pays, avant que lui-même ne verse dans ce mal aujourd’hui endémique. Si on ne comprend pas aujourd’hui que tout Congolais est Congolais, quels que soient son faciès, la résonnance de son nom ou la ressemblance de son physique avec d’autres physiques dans les pays voisins, on déstabilise la nation par des clichés destructeurs et l’unité de la nation s’effondre. Il convient d’avoir un ordre juridique clair, qui reconnaisse que tout Congolais est Congolais comme tout homme est homme, avec des droits, des devoirs et des pouvoirs créateurs à déployer là où il vit, au service de la nation tout entière.
Le problème des relations du Congo avec ses voisins. 

Nous vivons dans un pays dont la vie, depuis notre indépendance, est émaillée par de multiples conflits avec les voisins. Mobutu et Agostino Neto avaient fait du Zaïre et de l’Angola des chiens politiques enragés l’un contre l’autre. L’un soutenait Jonas Savimbi et l’UNITA. L’autre soutenait les Diabos katangais qui attaquèrent le Zaïre à deux reprises. Le Zaïre et le Congo-Brazzaville de Marien Ngouabi ont eu aussi leurs heures des folies et des fureurs dans des guerres radiophoniques mémorables. L’Ouganda et le Rwanda sont aujourd’hui les nouveaux volcans en éruption contre le Congo, selon les dirigeants congolais. Il faut arrêter cette tradition des conflits inutiles et penser une politique régionale communautaire, dont la paix garantirait une exploitation paisible des richesses de la région, dans un marché commun capable de faire de l’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs un grand espace de bonheur partagé. Dans une telle perspective, la région sera une chance pour toute l’Afrique. S’entretuer au lieu de conjoindre les atouts et les intelligences, c’est s’enterrer soi-même dans les tombes des archaïsmes dont nos pays doivent se débarrasser d’urgence pour être des nations responsables. C’est là le cœur d’une éthique politique de la créativité économique et de l’inventivité sociale. Des dirigeants qui ne comprennent pas cela ne sont pas dignes d’être des dirigeants. Des peuples qui ne comprennent pas cela n’ont aucun avenir dans le monde actuel.


Le problème de la place de la RDC dans l’ordre mondiale.

Le président Mitterrand comparait l’ordre mondial actuel à un champ de guerre : qui tombe meurt et il n’y a pas d’alternative. La puissance d’un pays, c’est de s’organiser pour tenir debout, créer, innover, prendre des marchés, développer la dynamique scientifique et technologique, exploiter les richesses, nouer des relations fertiles avec les alliés et avancer vigoureusement sur le chemin du développement. Nos devons comprendre cela et en faire la force de levier pour la construction de l’avenir du pays. Cela nous engage à mettre l’accent sur l’éducation des générations montantes à la maîtrise des outils et de l’esprit de la vraie guerre moderne : la guerre de la puissance pour le développement. Ce mental de dragon économique nous est plus utile aujourd’hui que notre nature actuelle de tigre et d’hippopotame en papier dévoilée par la guerre du M23.


Le problème de l’homme congolais , de sa culture et de son formatage mental. C’est sans doute la clé de tout au Congo aujourd’hui : travailler les esprits, les consciences et les imaginations dans une réorientation globale de la vision congolaise du monde. Il règne dans notre pays des lames de mentalité qui, si on les laisse en leur état actuel, conduiront la nation à la ruine. Je pense aux tendances de victimisation de soi, au complexe de Narcisse qui pousse les Congolais à se mirer en permanente dans le miroir du mythe d’un pays infiniment riche, au lieu d’affronter le problème de la misère et de la pauvreté qui les gangrène. Je pense au syndrome de chiens enragés qui caractérise le discours congolais sur la guerre dans le pays. Et je pense à l’enfermement dans les alcôves de la fatalité au lieu de promouvoir l’esprit de lutte contre tous les fatalismes.
Mon interlocuteur m’avait écouté attentivement, respectueusement, en secouant de temps à autre la tête en signe d’approbation. Il reprit le fil du dialogue lorsque je repris moi-même souffle. Il me relança :
Lui : Et vous voulez que Kampala soit le lieu où l’on discute de tout cela ?

Moi : Je veux que tout cela constitue le cadre de la discussion ou plutôt l’horizon de la transformation des guerres négatives et destructrices en une guerre positive et constructrice : la guerre du Congo sur lui-même, contre ses pathologies et pour l’invention d’un génie congolais de construction d’un futur fascinant.

Après cet entretien, j’ai me suis demandé combien de personnes dans la ville de Goma et dans tout le pays sont vraiment préparées pour saisir les enjeux que porte la guerre du M23 et sur lesquels je concentre mon attention. N’est-il pas plus facile pour beaucoup de ne pas se casser les méninges à chercher à comprendre le problème de la rébellion de manière globale, en visant la profondeur des choses et en cherchant l’essentiel pour proposer des solutions qui ait une forte consistance humaine face à l’avenir ? N’est-il pas plus sécurisant de reprendre les rengaines passe-partout et de rabâcher des explications populaires au lieu de creuser les significations les plus fructueuses d’un phénomène social qui, même tragique, met chaque congolaise et chaque congolais devant ses responsabilités dans ce qui arrive à la nation ?
Je n’ai pas entendu beaucoup de mes compatriotes s’interroger sur leur part de faute personnelle, à chacun et à chacune, dans l’embrasement des régions du Kivu. C’est comme si, dans chacun d’entre nous, dans nos manières d’être, dans nos manières de penser, dans nos manière de vivre et d’agir, rien ne faisait de nous des acteurs de la tragédie de la RDC. Pourtant, c’est dans nos modes d’être, de penser, de vivre et d’agir qui sont lovés les divisions ethniques destructrices, les préjugés meurtriers et les haines toujours recommencées qui fragilisent la nation. Qui pense vraiment que c’est dans notre culture de la division profonde et dans les types de mentalité dont nous vivons que que réside notre problème de fond : une absence de système immunitaire contre les agressions extérieures ?
En voyant à quel point les fractures tribales ont constitué une grille d’interprétation de la chute de Goma et comment la même grille a déterminé les allégresses, les nouveaux orgueils tout comme les désillusions et les désespoirs suscités par le retrait des rebelles de la capitale du Nord-Kivu, selon le camp auquel on appartient, j’ai perçu pour moi-même ce que la guerre du M23 veut dire aux Congolais. Elle nous révèle notre état de peuple divisé contre lui-même et de nation malade d’elle-même dans ses divisions.
Le téléphone a sonné tout à l’heure. C’est mon ami de la société civile, dont j’ai parlé au début de cette réflexion, qui m’a appelé. Je lui avais parlé du texte que je voulais écrire sur le retrait du M23 de Goma et sur les négociations de Kampala. Il voulait savoir les résultats de ma réflexion.
Lui : Quelle est alors ta conclusion ?

Moi : Que le M23 est entré dans Goma et en est sorti pour nous dire une seule et unique chose.
Lui : Laquelle ?
Moi : Qu’un jour ou l’autre, il faudra changer la République démocratique du Congo. 
Lui : Quand ?

J’ai alors récité à mon ami le vœu que le romancier brésilien Paulo Coelho a adressé à la militante des droits humains, l’iranienne Shirine Ebadi, lors d’un concert en honneur de cette femme d’exception quand elle reçut le prix Nobel de la paix. Coelho écrit, au sujet de cette iranienne combattante :
Que sa course soit lente.

Car son rythme est le rythme du changement.
Et le changement, le vrai changement, est toujours très long à s’accomplir.
J’ai ajouté, afin de mieux préciser ce que toute révolte signifie pour un peuple et pour un pays :
Moi : Il convient aujourd’hui que chaque Congolais, chaque Congolaise, pense à entrer dans le changement en l’appelant de tous ses vœux et en l’incarnant de toutes ses forces. 

Lui : Pas à la manière du M23 tout de même.
Moi ; Non. Nous avons à comprendre au Congo que nous devons changer d’imaginaire, que nous devons revoir nos valeurs et que nous devons construire un nouveau sens à nos vies. C’est là la tâche d’une véritable éducation à la paix, réel chemin d’avenir pour la RDC.
Lui : Tu devais dire cela aux responsables du M23.
Moi : Je ne suis pas leur conseiller politique et stratégique. Je cherche seulement à comprendre leur message sans accepter le canal guerrier par lequel ils transmettent le message. Le message est clair et je vous le répète : le Congo doit changer. Il nous faut changer, nous Congolaises et Congolais, nos imaginaires destructeurs. Il faut fonder la société sur des valeurs qui promeuvent la paix, l’humanité et l’être ensemble créatif. 
Lui : On n’a pas besoin de guerre pour cela.
Moi : exactement.
Lui : C’est cela que nous devons dire au M23.
Moi : Chaque messager choisit le canal par lequel il transmet son message. Pourvu que le message soit entendu le plus profondément et le plus fertilement possible!
Lui : Crois-tu que le message sera entendu ?
Moi : J’espère que tout le peuple de la RDC aura des oreilles pour entendre le message ! L’essentiel n »est pas ce qui s’est passé, mais ce qu’on en fait pour construire l’avenir. Si le peuple comprend cela, il fera émerger de nouveaux acteurs politiques capables de le comprendre.

Sous l’orage, toutes les espérances
L’orage qui s’annonçait depuis un moment a éclaté dans le ciel assombri de Goma. Il s’est mis à pleuvoir abondamment sur la ville. Il en tombait des cordes, selon la juste et concrète expression populaire. J’ai dit au revoir à mon ami, j’ai éteint le téléphone et j’ai tourné mes yeux vers le lac Kivu furieusement tourmenté par l’impétuosité de l’orage.  » C’est là l’image même du pays « , ai-je pensé. Je me suis alors souvenu de Verlaine :  » Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville « . J’ai ouvert la porte de la maison et je l’ai refermée derrière moi. Je me suis assis dans la tendresse du fauteuil et j’ai écouté en silence la fureur de la pluie, la fougue lointaine des vagues dans le lac et les grondements des tonnerres au plus haut des cieux.  » L’orage passera et le soleil s’élèvera « , ai-je murmuré en toute douceur, sans savoir si je m’adressais aux éléments déchaînés dehors, à la tristesse de mon propre cœur ou à mon pays meurtri mais chargé de toutes les espérances du monde.
Kä Mana

Président de Pole Institute

jeudi 6 décembre 2012

Message du Comité permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) sur la situation sécuritaire dans notre pays


PEUPLE CONGOLAIS, LÈVE-TOI ET SAUVE TA PATRIE

Fidélité à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale de la RD Congo (cf. 1Ma 14, 35)

PRÉAMBULE

Préoccupés par la montée des violences dans l’Est de notre pays, violences qui ont culminé dans la prise de la ville de Goma par les rebelles du « Mouvement du 23 Mars 2009 » (M23), Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques membres du Comité permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), nous sommes réunis du 3 au 5 décembre 2012 à Kinshasa en session extraordinaire pour examiner la situation d’ensemble et ses conséquences.

CONSTATS

2.         Dans nos différents messages antérieurs, nous avons condamné le projet de balkanisation de la RD Congo, l’exploitation illégale des ressources naturelles, la prolifération de milices et groupes armés. Pour le même motif, nous avons organisé un triduum de prières dans tous nos diocèses et une marche sur toute l’étendue de la RD Congo le 01 août 2012. Après notre visite pastorale de solidarité à la population meurtrie dans le Nord et le Sud-Kivu au mois de septembre 2012, en dépit de nos échanges avec le M23 en présence de la population prise en otage à Rutshuru, la situation n’a fait qu’empirer.

3.         La guerre dans le Nord-Kivu a entraîné d’énormes dégâts. Il s’agit notamment de la dégradation de la situation des droits de l’homme causée par le M23 et les groupes armés, des meurtres à grande échelle, des viols, des enlèvements, d’enrôlement des mineurs dans les  rangs des groupes armés, des détentions et taxations illégales, des actes de banditisme, de destruction et du pillage du patrimoine national et des particuliers, des déplacements forcés et massifs des populations contraintes à l’errance dans des conditions infrahumaines. Et, la chute de la ville de Goma a plongé tous les Congolais dans la consternation.

4.         Aujourd’hui, une partie de notre territoire échappe à notre gouvernement et se retrouve de fait sous l’administration du M23 qui est soutenu par des pays étrangers, notamment le Rwanda et l’Ouganda. Le rapport des experts des Nations Unies n’a fait que le confirmer. A la base de cette situation, nous relevons la stratégie de balkanisation qui est en cours d’exécution. Celle-ci obéit à la même dynamique depuis des décennies : revendications d’ordre identitaire ou foncier, refus de l’ordre institutionnel, exploitation illégale des ressources naturelles, déplacement forcé des populations, recours à la violence dans la perspective de l’émiettement de la RD Congo.

5.         Par ailleurs, nous notons au sein de la population, des frustrations dues à une gouvernance qui ne répond pas à ses attentes. Nos appartenances ethniques sont exploitées sciemment par quelques compatriotes  pour leur positionnement politique. Certains « accords de paix » passés avec des groupes armés, sans concertation préalable, compromettent la souveraineté et l’intégrité de la RD Congo.

DÉSAPPROBATION

6.         Voilà pourquoi, nous désapprouvons et condamnons fermement ce qui vient d’être fustigé.  Car cela est à la base de la souffrance du peuple, du retard de développement de tout le pays et du recul de son processus de démocratisation. Il est d’autant inadmissible que tout cela soit l’œuvre de compatriotes congolais qui se font manipuler servilement pour des intérêts étrangers. Ils font fi des institutions légitimes de la République et brisent la cohésion nationale à laquelle nous aspirons après tant d’années de tribulations et d’incertitudes.

7.         Dans le même temps, nous désapprouvons le recours aux armes comme voie de solution aux problèmes qui se posent dans notre communauté nationale. Les atrocités et les conséquences fâcheuses des expériences passées des guerres récurrentes prouvent les limites de cette voie. La manière de faire de M23 ne sert donc pas ses prétentions. Aux responsables de ce Mouvement des rebelles et leurs parrains d’en tirer les conclusions et d’en assumer les conséquences. Leurs actes criminels ne resteront pas impunis.

INVITATION À RENFORCER L’UNITÉ NATIONALE

8.         Nous réaffirmons la souveraineté de la RD Congo et l’intangibilité de ses frontières ; nous tenons fermement à l’unité et à l’indivisibilité de la RD Congo dans ses frontières issues de la colonisation et reconnues par la communauté internationale le 30 juin 1960. L’intégrité du territoire de la RD Congo n’est pas négociable.

9.         Fidèles à notre charge de pasteurs, appelés par le Seigneur Jésus Christ à œuvrer pour l’unité du genre humain dans notre pays, nous invitons instamment toute la population congolaise à l’unité nationale. Toute recherche de solution aux problèmes à l’intérieur de notre nation doit s’inscrire dans la perspective de l’unité à sauvegarder et à promouvoir en faveur de toute la population, sans privilégier aucun groupe au détriment des autres. La réconciliation nationale est à ce prix.

10.       Compte tenu de la situation créée par ces dernières violences dont quelques conséquences ci-haut décriées, nous formulons les recommandations suivantes :

RECOMMANDATIONS

Appel à un sursaut patriotique

11.       Frères et sœurs Congolais, nous vous appelons tous à un sursaut patriotique. La fidélité à l’unité nationale et la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RD Congo constituent des devoirs sacrés pour tout Congolais. La diversité de nos ethnies est une richesse. Frères et sœurs nous vous invitons, frères et sœurs, à la vigilance afin que personne, même les élus de votre ethnie, n’instrumentalise votre identité pour vous opposer les uns aux autres en vue des objectifs inavoués. Ce n’est que dans l’unité, la conversion des cœurs et la réconciliation que nous pouvons faire avancer notre pays sur tous les plans.

            Responsabilité de nos gouvernants et la classe politique

12.       L’état actuel de la nation congolaise doit vous interpeller, vous nos gouvernants. Il vous incombe en premier de garantir la sécurité de la population et l’intégrité du territoire national. C’est en prenant en charge les aspirations légitimes de la population à la paix interne et externe, à la dignité et au développement que vous consoliderez l’unité nationale. A cet effet, ayez à cœur le rôle de leadership historique et visionnaire que vous devriez jouer, en concevant et en présentant une voie de sortie de crise aux partenaires et interlocuteurs tant nationaux qu’internationaux. Il est urgent de promouvoir la bonne gouvernance et de former une Armée républicaine, dissuasive, capable de défendre la sécurité des Congolais et l’intégrité de leur territoire face aux menaces et à toutes les velléités des groupes armés.

13.       A toute la classe politique congolaise, nous vous rappelons que la nation est en danger. Vous n’avez pas le droit de passer le temps à vous quereller autour des intérêts égoïstes. Il est très déplorable que certains d’entre vous, privilégiant leurs intérêts, se font complices avec les désintégrateurs de notre unité nationale. La défense de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale vous imposent de mobiliser et de rassembler tous vos efforts afin de faire échec à tout projet de balkanisation de notre pays. Les idéaux chers aux pionniers de l’indépendance de la RD Congo, à savoir l’indépendance,  l’unité, la prospérité, la paix, la grandeur de la Nation doivent être respectés et promus par vous. Ce sont ces idéaux qui constituent notre fierté et le socle de notre unité nationale. Ils doivent demeurer constamment l’horizon vers lequel convergent tous les efforts d’édification de la nation congolaise, grâce à des débats politiques et démocratiques sereins. C’est le moment de faire un front commun face au danger d’émiettement et d’asservissement de notre pays qui met en péril son existence même et celle de la nation.

En vue des prochaines négociations

14.       Les prétentions des Congolais de n’importe quel groupe qui s’estime lésé doivent être traitées selon le droit et dans le respect de la Constitution de la RD Congo. Il y a lieu de s’interroger sur la valeur juridique des accords du 23 mars 2009 et sur la pertinence de la tenue de la rencontre à Kampala.

15.       Aussi, attirons-nous l’attention de tous ceux qui se rendront à Kampala sur les pièges de ces négociations. Qu’ils n’hypothèquent pas l’unité de la nation congolaise, qu’ils n’avalisent pas des accords qui consacreraient la balkanisation de la RD Congo. La vigilance et la clairvoyance doivent être de mise. Il faudrait que les principes fondamentaux et patriotiques auxquels personne ne doit déroger ainsi qu’un schéma directeur fixant le degré et la nature des concessions possibles, acceptables et tolérables soient scrupuleusement respectés. Un accord qui hypothèquerait la souveraineté nationale est inacceptable.

A la communauté internationale

16.  Nous reconnaissons tous les efforts déployés par la communauté internationale pour la paix et la stabilité en RD Congo. Cependant, le peuple continue de s’interroger : comment, malgré les promesses très fermes de la Monusco, le territoire de Rutshuru et la ville de Goma n’ont pas été efficacement défendus ni la population civile intégralement protégée ? Ne faudrait-il pas alors adapter le mandat de la Monusco à la situation qui prévaut actuellement en RD Congo ?  Le peuple congolais attend ardemment que triomphe le principe du droit international et de la solidarité qui sont à la base d’une paix mondiale.

CONCLUSION

17.       Nous faisons appel au gouvernement de notre pays, à toute personne de bonne volonté, aux agences humanitaires et à la solidarité de la communauté internationale pour apporter une aide humanitaire à la hauteur des souffrances injustement imposées à de centaines de milliers des Congolais et Congolaises dans le Nord-Kivu.

18.  Chers frères et sœurs, les difficultés, même les plus graves, ne doivent pas nous jeter dans le désespoir et dans la résignation. Confiants en Dieu, source de toute paix véritable et grâce à un sursaut patriotique, « relevons nos têtes et dressons nos fronts ». En vertu de notre mission prophétique, nous avons entrepris divers contacts avec nos gouvernants, la classe politique de notre pays, certaines représentations diplomatiques en RD Congo, la Monusco et d’autres organisations internationales en vue d’une vraie paix dans notre pays.

 19. Nous recommandons à la miséricorde de Dieu les victimes de cette guerre. Nous exprimons notre proximité spirituelle à Son Excellence Mgr Théophile Kaboy, évêque de Goma, et notre compassion à toute la population du Nord-Kivu. Nous continuons à prier pour que le Seigneur ouvre à la paix du Christ les cœurs de ceux qui font la guerre. Que la Très Sainte Vierge Marie, Notre Dame du Congo et Reine de la paix, obtienne à notre pays et à tous ses habitants, la grâce de l’unité et de la paix.

Fait à Kinshasa, le 05 décembre 2012
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mardi 4 décembre 2012

Question orale avec débat : la conclusion de l’honorable Mokonda

  ACTUALITÉ R.D.  CONGO


Après avoir suivi avec attention les réponses des membres du gouvernement, le sénateur Florentin Mokonda Bonza conclut en demandant à la plénière de la Chambre haute du Parlement d’émettre des recommandations en vue de trouver les voies et moyens de requinquer notre armée et de la guérir des maux qui la rongent.


Monsieur le Président,

Distingués sénateurs et chers collègues,

Nous avons suivi avec attention les réponses que les membres du gouvernement ont réservées à mes préoccupations et à celles de tous les collègues qui se sont exprimés.

Que conclure?

La question orale qui a suscité ce débat avait pour l’essentiel porté sur les sujets suivants :
1. La chute de Goma, le mardi 20 novembre dernier, malgré les hommes et la logistique importante;
2. Les causes immédiates et lointaines de la guerre actuelle;
3. Les dispositions stratégiques arrêtées par le gouvernement pour protéger l’extrême-nord du Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, l’Est du Katanga et la Province Orientale;
4. La nomination et l’affectation des commandants ex-CNDP dans la partie Est et Nord-est de notre pays;
5. L’enjeu de la réforme de l’armée et des services de renseignements;
6. L’accord du 23 mars 2009 ;
7. L’enjeu d’une diplomatie agressive susceptible de faire actionner des accords militaires bilatéraux existants ;
8. Les dispositions humanitaires et sécuritaires prises par le gouvernement pour venir en aide aux populations déplacées;
9. Les déclarations du Président de la République au terme d’un des sommets de Kampala;
10. Le bilan des manifestations de Kisangani et de Bunia.

S’agissant des sujets 1 à 5 traitées par le vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale et des Anciens combattants, je reste sur ma soif. Sur la chute de Goma et ses causes récentes et lointaines, le gouvernement semble n’avoir rien fait pour protéger la capitale du Nord-Kivu. Il tente de nous faire comprendre que le pays est victime de différentes intégrations des groupes rebelles à l’armée nationale.

L’organisation, la composition et la structuration de l’armée lui enlèvent toute efficacité. Le ministre a dit que des troupes rwandaises sont entrées à Goma par le cimetière. Et pourtant, le Commandant suprême des Forces armées n’a rien dit. Qui croire?

Le ministre nous informe que les unités de l’ex-CNDP ne représentaient que 15% des effectifs de l’armée dans la partie Est du pays. Il a communiqué les noms des commandants à l’Est et au Nord-est. Ce qu’il n’a pas dit, et que tout le monde sait : c’est que les officiers et, en particulier ceux qui s’occupent des renseignements militaires, sont pour la plupart issus de l’ex-CNDP. Le Diocèse de Beni-Butembo a publié une déclaration en janvier 2011. La Société civile du Kivu l’a dénoncé et les militaires congolais n’ont cessé d’attirer l’attention des politiques du Nord et du Sud-Kivu.

La déclaration du ministre contredit celle de son collègue des Affaires étrangères qui a affirmé le contraire, lors de sa réaction à ma question. Le ministre parle d’une nouvelle armée depuis la fin du Dialogue inter-congolais, alors qu’il a fustigé dans son exposé le caractère hétérogène de l’armée composée des unités provenant des ex-rébellions, du CNDP, des étrangers et demain du M23.

Le ministre a cité les généraux Liwanga, Kisempia et Kayembe. Bravo! Pour lui, seuls ces généraux ont été hier formés dans les académies militaires. En bref, le vice-Premier ministre ne dit rien des causes de la guerre. Il ne dit pas qui donne souvent l’ordre aux militaires de s’arrêter. Il ne parle pas du caractère affairiste des généraux et autres officiers supérieurs affectés dans les zones de combat, particulièrement dans les provinces du Maniema, du Nord et du Sud-Kivu, de la Province Orientale. Il n’aborde pas la question des renseignements militaires.

Concernant le sujet n°6 relatif à l’Accord de Goma du 23 mars 2009 conclu et signé par le gouvernement et le CNDP en présence de deux illustres témoins, à savoir les anciens présidents du Nigeria et de la Tanzanie, leurs Excellences Olusegun Obasanjo et Benjamin William Mkapa, deux ministres ont bien voulu fournir des éléments de réponse, du reste discutables.

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

Pour le ministre de l’Intérieur, le CNDP proposait de découper le Nord-Kivu en deux provinces constituées sur une base ethnique. Ainsi, la province des Nande comprendrait les territoires de Lubero et de Beni-Oicha ; tandis que celle des Tutsi, Hutu et autres Hunde et Nianga, ethnies minoritaires, inclurait les territoires actuels de Walikale, Masisi, Nyiragongo, Rutshuru et la ville de Goma.

Le ministre ajoute que l’approche du CNDP énerve la Constitution. Par conséquent, l’accord ne la mentionne que comme « élément de réflexion ». Le ministre des Affaires étrangères enfonce le clou : non seulement il est l’initiateur de l’accord, mais en plus, il l’a rédigé de sa main. Il le maîtrise parfaitement. « Seulement, si le gouvernement était convaincu de l’inconstitutionnalité du découpage proposé par la CNDP, cette disposition n’aurait pas figuré dans cet accord. Je connais la perspicacité du ministre Tshibanda. Cependant, une réflexion en cours dans un bureau d’études ne peut être intégrée dans un accord dont les dispositions sont conçues pour être appliquées.

Je note que les ministres ont oublié que c’est seulement en juillet 2012, trente-neuf mois plus tard, que l’accord a été transmis au Sénat et mis à la disposition des sénateurs. Le fait que le gouvernement ait ignoré le Sénat et peut-être aussi l’Assemblée nationale, me fait penser à une dissimulation pure et simple. Pourtant, il nous a fait voter la loi sur l’amnistie dans la précipitation, soit vers fin avril ou début mai 2009, à peine 40 jours après la signature de l’accord, amnistie prévue dans l’article 3 dudit accord. La loi telle que publiée par le Journal officiel est datée du 7 mai 2009.

Je note également que le gouvernement n’a déposé au Parlement ni le texte de l’accord négocié par le Général Numbi instituant le mixage au lieu du brassage, ni le texte des accords signés avec l’Ouganda et le Rwanda en décembre 2008 ayant permis aux troupes ougandaises et rwandaises de pénétrer dans notre pays pour des opérations militaires mixtes. On connaît la suite : des contingents entiers y sont restés jusqu’en 2012.

Comment le peuple ne peut-il pas être victime de la désinformation si le gouvernement n’informe même pas la représentation nationale.

Monsieur le Président,

Estimés collègues,

Revenons sur la proposition de découpage proposée par le CNDP et prise en compte par le gouvernement. Je ne stigmatise aucune communauté. Je ne fais que réfléchir à haute voix à la suite de la réponse claire fournie par le ministre de l’Intérieur. Je sollicite donc votre compréhension.

La communauté Tutsi congolaise a-t-elle besoin de se créer un espace propre autour de Goma pour se sentir en sécurité? N’a-t-elle pas coexisté dans la province du Kivu avec d’autres groupes ethniques? N’a-t-elle pas évolué sans problème à Kinshasa, au Katanga et ailleurs? N’a-t-elle pas participé depuis l’indépendance à l’exercice du pouvoir? Papa Cyprien Rwakabuba a été ministre de l’Education nationale de la province du Kivu. Un de mes illustres prédécesseurs à la présidence de la République, M. Bonaventure Bisengimana Rwema a vécu dans la capitale congolaise avant comme après ses fonctions à la présidence de la République. J’ai eu à l’Université des professeurs Tutsi. Plus tard, comme collègues, nous avons entretenu des rapports fraternels. Mon ami Moïse Nyarugabo est totalement à l’aise avec ses collègues du Sénat.

Si une province est créée pour les minoritaires du Nord-Kivu, que deviennent alors ceux du Sud-Kivu qui vivent sur les plateaux d’Uvira, de Fizi et à Bukavu? Céder à cette revendication aura comme implication la révision fondamentale de l’organisation territoriale de notre pays, car il faudra instituer des provinces en fonction des réalités sociologiques et culturelles des communautés ethniques de la République démocratique du Congo. C’est faisable à condition que nous consultions le peuple congolais par voie référendaire.

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Le ministre de l’Intérieur, en réagissant à ma question sur l’Accord du 23 mars 2009, a esquivé la question relative à la réforme des services de sécurité (article 10 de l’accord) qui relèvent pourtant de sa compétence. Tentant de saisir le bien-fondé de cette attitude, j’ai compris qu’en réalité le ministre n’est pas la vraie autorité de tutelle. Si mon raisonnement est vrai, alors qui gère les services de sécurité? Qui a la mission de conduire la réforme dans ce secteur stratégique du pays?

Dans les explications fournies par le ministre des Affaires étrangères sur l’accord de Goma, j’ai cru avoir entendu que les militaires ex-CNDP avaient entretenu délibérément un commandement parallèle à l’Est du pays, refusant en fait d’obéir aux ordres de l’Etat-major général. Quelle fut la réaction du gouvernement ou à tout le moins de ceux qui gèrent l’armée. Ils se sont tus! Qui ne dit mot consent, dit-on? Le gouvernement peut-il se plaindre? Qui sème le vent ne peut que récolter la tempête!

Le ministre des Affaires étrangères nous a entretenus de la « Police de proximité » dont la création serait à l’étude au ministère de l’Intérieur depuis mars 2009. Son collègue de l’Intérieur n’en a pas fait mention. Soit! Que signifie Police de proximité? La Constitution, dans ses articles 182 à 186, est muette. Par contre, l’accord est explicite en son article 5 traitant de la résolution des conflits locaux. L’alinéa 2 dispose : « Les parties conviennent du principe de la création d’une police de proximité entendue comme branche de la Police nationale congolaise, à l’écoute du peuple à la base et au service de celui-ci ».

L’alinéa 3 précise : « Les éléments de la police de proximité seront recrutés et formés au niveau national, Le programme de leur formation sera structuré de manière à les doter d’une connaissance profonde des réalités sociologiques des régions où ils seront déployés. Sans être constituée sur une base ethnique ou communautaire, la police de proximité veillera, dans le déploiement de ses unités sur le terrain, à ce que la composition de celles-ci reflète la diversité sociale locale ». Comprenne qui pourra!

Le gouvernement réfléchit sur la création d’une police de proximité ou mieux territoriale non prévue par la Constitution, qui serait déployée uniquement dans certaines régions de l’Est du pays. Je le dis parce que l’alinéa 5 m’en fournit la précision : « En attendant la mise en place de la police de proximité, et afin d’assurer la sécurité des réfugiés et personnes déplacées rentrant dans leurs milieux, les parties conviennent de la mise en place, par le gouvernement, d’une unité de police spéciale issue du processus d’intégration des éléments de la police du CNDP au sein de la Police nationale congolaise. Cette unité sera formée et équipée conformément aux exigences de maintien de l’ordre au niveau local ».

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

La lecture attentive de l’article 5 de l’Accord me fait dire que le gouvernement reconnaît implicitement que la Police nationale congolaise n’est pas au service du peuple. Il s’engage à constituer une police parallèle qui, tout en étant intégrée dans la Police nationale, fonctionnerait de manière autonome, comme du reste les unités militaires ex-CNDP, mais en recevant tout de l’Etat : soldes et équipements de tous genres. Ce que le ministre ne dit pas, c’est que le CNDP a obtenu de manière tacite, d’après le rapport de novembre 2010 de International Crisis Group, le non déploiement de ses unités armées en dehors du Nord et du Sud-Kivu tant que les FDLR sont présents dans ces deux provinces.

Ce n’est pas tout. L’article 9 portant sur l’administration publique et l’article 12 qui traite des questions spécifiques mettent l’accent sur l’autonomie et notamment le maintien en fonction du personnel administratif recruté par le CNDP. La Société civile provinciale a adressé à l’époque une lettre ouverte au président Kabila pour dénoncer le fait que le CNDP avait relancé son administration dans les territoires de Masisi, Nyiragongo et Rutshuru et levait des taxes. Le président de la Société civile a été battu et le gouvernement n’a jamais réagi.

Le fédéralisme rejeté par le constituant de 2006 est insidieusement institué par le gouvernement dans une partie du Nord-Kivu sans consultation du peuple. Au lieu de violer la Constitution, la question doit être posée ouvertement pour un débat national : le Katanga » et le Bas-Congo ont toujours œuvré pour le fédéralisme. Nous aussi, dans la Province Orientale, nous en sommes devenus partisans. Parlons-en!

Monsieur le ministre des Affaires étrangères a déclaré que l’accord du 23 mars a été un BON ACCORD, grâce auquel les deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont connu la paix. Je ne sais pas de quelle paix parle le ministre, quand tout le monde sait que les FDLR ont continué à violer les femmes et les filles congolaises dont le nombre a dépassé les 7 000. On sait aussi qu’en 2009, plus de 1 000 civils ont été tués, 6 000 logements détruits et au moins 900 000 personnes forcées d’abandonner leurs habitations et leurs milieux d’origine.

Les assassinats ont été perpétrés à Goma, à Bukavu, à Beni, à Butembo pour ne citer que ces villes. Tout cela n’est rien pour le ministre. Tout va bien pour lui quand une partie du pays n’est pas administrée par le pouvoir central ou provincial légitime.

Monsieur le Président,

Très chers collègues,

Je n’ai rien entendu sur les dispositions que le gouvernement a prises en faveur des populations déplacées ni sur la déclaration faite par le chef de l’Etat à Kampala. Je voudrais en terminant, Monsieur le Président, vous faire part de mon insatisfaction et de ma déception. Les ministres utilisent des faux-fuyants’ pour ne pas informer le Parlement de la situation réelle prévalant sur le terrain. Quelle est la responsabilité des services de renseignements civils et militaires? Qui gère réellement ces services? Est-ce des personnes compétentes ?

Quelle est la responsabilité du commandement militaire? Qui nomme les généraux et les officiers supérieurs ? Tient-il compte de la compétence réelle de ces officiers? Pourquoi a-t-on nommé des étrangers dans notre armée? Le cas de Bosco Ntaganda en est un. Cette année, on a trouvé des officiers et hommes de troupes rwandais dans notre armé

e. Est-ce normal? Que fait-on de la souveraineté de notre pays? Peut-on s’étonner qu’aujourd’hui les armées étrangères connaissent parfaitement nos insuffisances quand le commandement militaire intègre des étrangers dans les FARDC? Comment peut-on élever au rang d’officiers d’une armée qui se veut moderne et au 21ème siècle des personnes incultes? Je vous rappelle que l’article 187 de la Constitution dispose ceci : « Les effectifs à tous les niveaux, les fonctions de commandement en tout temps et en toute circonstance, doivent tenir compte des critères objectifs liés à la fois à l’aptitude physique, à une instruction suffisante, à une moralité éprouvée ainsi qu’à une représentation équitable des provinces ». Jet ne crois pas que ceux qui nomment les officiers appliquent correctement les dispositions de cet article. Comme d’habitude, la Constitution est violée.

Messieurs du gouvernement, vous avez-vous-même préparé le terrain à l’agression et à la déstabilisation. Vous devez rendre compte au peuple congolais. Les accords secrets que vous signez affaiblissent notre armée. Une Armée que le Constituant et l’ensemble du peuple congolais veulent nationale et républicaine. De la santé de ce corps dépendent l’indépendance, la souveraineté et l’avenir de notre pays, l’Unique que nous avons hérité de nos ancêtres qui, dans ses frontières du 30 juin 1960, doit demeurer un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible.

Monsieur le Président, très chers collègues, cette expression est tirée, vous l’avez deviné, de l’alinéa 1er du premier article de la Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée à ce jour. A la demande de la communauté internationale, le gouvernement va pour la nième fois négocier pour intégrer à nouveau des criminels et des étrangers dans notre armée. Il va leur reconnaître leurs grades.

Monsieur le Président,

Très chers collègues,

La Commission Défense, sécurité et surveillance des frontières a de la matière pour permettre au Sénat de savoir comment est administrée notre armée. Qui la commande ?

Qui nomme et affecte les officiers? De qui l’armée est-elle composée? Qui sont les commandants des unités et quelles sont leurs compétences? Pourquoi, en 2008 et en 2012, les FARDC n’ont pas été capables de vaincre la rébellion? Pour ce faire, je sollicite de la plénière la décision de dépêcher une commission d’enquête au ministère de la Défense nationale, et en particulier, auprès des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Comment aller négocier à Kampala alors que l’on sait que depuis 1996, l’Ouganda et le Rwanda ont toujours soutenu toutes les rébellions à l’Est de la RDC? Kampala est partie prenante. Il n’est donc pas neutre.

Le processus de balkanisation est en marche et le gouvernement nous distrait. Le gouvernement est naïf. Sa naïveté est d’autant plus infantile qu’alors qu’il a rétabli tambour battant les relations diplomatiques avec nos voisins de l’Est, ces derniers n’ont pas hésité d’agresser notre pays ou de soutenir une rébellion interne. Nos voisins n’ont aucune considération pour le gouvernement de notre pays.

Je termine, Monsieur le Président, par dire que je n’ai fait que mon devoir parlementaire et patriotique. Je connais le sort réservé à ceux qui osent dire la vérité dans notre pays.

J’ai pris ce courage pour notre pays, pour notre population, pour notre indépendance, pour notre souveraineté, pour sauvegarder l’unité de notre pays dans sa diversité ethnique et culturelle et dans ses frontières du 30 juin 1960.

Il appartient à la plénière du Sénat d’émettre des recommandations en vue de trouver les voies et moyens susceptibles de requinquer notre armée et la guérir des maux qui la rongent. En moins de vingt ans, le Congo et le peuple congolais ont été humiliés 4 fois.

Je vous remercie pour votre attention !

Fait à Kinshasa, le 3 décembre 2012 


Florentin MOKONDA BONZA 

Sénateur 
Le Potentiel 04/12/2012